Radioactivité inquiétante à Tokyo
Des mesures partielles réalisées par un laboratoire japonais sur la radioactivité à Tokyo donnent des "résultats inquiétants", s'est alarmée jeudi la Commission de Recherche et d'Information indépendantes sur la Radioactivité (Criirad). En moyenne sur 42 heures, l'activité de l'iode 131 s'élève à 14,9 becquerel par mètre cube (Bq/m3), celle de l'iode 132 à 14,5 Bq/m3, celle du césium 134 à 3,4 Bq/m3 et celle du césium 137 à 3,2 Bq/m3, énumère la Criirad, qui affirme que l'air "contient nécessairement" d'autres particules radioactives. "En situation normale, le seul radionucléide que l'on s'attend à mesurer dans l'atmosphère est le césium 137", en raison d'une contamination résiduelle après la catastrophe de Tchernobyl, mais à un taux environ "un million de fois inférieur", souligne l'association. La Criirad, basée à Valence (France), relève également, en suivant l'évolution des concentrations sur ces deux jours, "que le niveau de radioactivité de l'air a très fortement augmenté sur Tokyo le (mardi) 15 mars, entre 10 heures et 12 heures, avec un pic de radioactivité sur les poussières prélevées à 11 heures".
le JDD, 17/03/2011, 17h06
CONTAMINATION DE L’AIR :
comparaison avec la situation de la France au moment de Tchernobyl
Les chiffres qui suivent sont des chiffres officiels relatifs à la contamination de l’air dans le sud-est de la
France, une des régions les plus touchées par les retombées radioactives consécutives à l’explosion du
réacteur n° 4 de Tchernobyl. Les activités sont des valeurs moyennes pour la période du 1 au 3 mai 1986.
Césium 137 : de 0,3 à 0,9 Bq/m à comparer à la concentration moyenne sur 2 jours de 3,2 Bq/m à Tokyo
Iode 131 : de 0,6 et 4,2 Bq/m à comparer à la concentration moyenne sur 2 jours de 14,9 Bq/m à Tokyo.
Le plus préoccupant est que Tokyo n'est pas le secteur le plus touché par le passage des masses d'air
contaminé. L’analyse des relevés de débits de dose disponibles le montre clairement. Ces quelques
éléments très – trop – lacunaires nous conduisent à nous interroger sur les niveaux d’exposition des
personnes résidant à moindre distance de la centrale de FUKISHIMA DAIICHI (Tokyo est situé à 230 km au
sud). A quels niveaux de contamination ont été exposés les habitants de la Préfecture de Fukushima
(l’évacuation est limitée à un rayon de 20 km) ou encore ceux du secteur d’ONAGAWA où les débits de
dose ont été multipliés par 100, voire par 1 000 (à Tokyo, l’augmentation n’aurait été que d’un facteur 16) ?
Et qu’en est-il des habitants de la Préfecture d’IBARAKI où l’élévation du niveau de rayonnement ambiant
est un peu supérieure à celle de Tokyo et surtout bien plus prolongée ?
La CRIIRAD ne souhaite qu’une chose, c’est d’être rassurée sur les niveaux d’exposition de la population. Si
les autorités considèrent que les niveaux de risques sont minimes, elles doivent le démontrer, chiffres à
l’appui.
Si l’on se base sur les informations publiées par l’AIEA, jusqu’au mercredi 16 mars, l’ordre d’administrer
des comprimés d’iode stable à la population n’avait pas été donné. L’AIEA indique que dès le 14 mars
dernier, les autorités japonaises avaient distribué 230 000 tablettes de comprimés d’iode stable aux centres
d’évacuation mais sans donner l’ordre de les administrer aux habitants. Or, la zone d’évacuation était
encore hier limitée à un rayon de 20 km autour de FUKUSHIMA DAIICHI et consigne était donnée aux
personnes résidant dans un rayon de 30 km de se confiner chez elles.
Le problème, c’est que le confinement ne peut apporter qu’une protection très provisoire : une
habitation n’a rien d’une enceinte étanche : en quelques heures tout le volume d’air intérieur est
renouvelé. On gagne un peu de temps en calfeutrant toutes les ouvertures mais le confinement n’est
absolument pas adapté à une contamination qui persiste sur plusieurs jours. L’aide internationale doit se
mobiliser pour apporter la logistique nécessaire à l’évacuation des personnes sur un périmètre bien plus
large. Ceci aurait dû être fait bien plus tôt. En attendant, il faut limiter les risques et l’iode stable est un
moyen efficace – s’il est pris à temps ! – de limiter l’irradiation de la glande thyroïde et donc la survenue
ultérieure de cancers ou d’autres pathologies thyroïdiennes. Rappelons également que l’iode stable n’est
pas la panacée : il ne protège ni de l’irradiation externe, ni de la contamination par les autres
radionucléides.
Le fait de connaître les niveaux de contamination des paramètres clefs de l’environnement n’est certes
pas une garantie de protection. Il est en revanche certain que l’absence de données ne peut qu’empirer
les choses. L'opacité n’a jamais profité à la défense des intérêts sanitaires de la population. Tchernobyl
l’a clairement démontré.