Entretien avec Yves Cochet (Verts)
20/04/2010
PARIS, 20 avr 2010 (AFP) – Yves Cochet, député (Verts) de Paris, adepte de la décroissance et d’une économie plus locale, voit dans la paralysie du trafic aérien « une bonne anticipation » de ce qui se passera « dans une quinzaine d’années »: la « fin » du transport aérien.
QUESTION : Que vous inspire la paralysie du trafic aérien à cause du nuage volcanique islandais ?
REPONSE : L’immobilisation presque complète du ciel européen engendre la panique, presque la fin du monde, alors que c’est une bonne anticipation de ce qui va bientôt se passer. Au vu des raréfactions des matières premières, il est très probable que le transport aérien touche à sa fin dans une quinzaine d’années. Ce n’est pas qu’il n’y aura plus de pétrole en 2020, mais ce sera la fin de l’énergie bon marché. Il faudra s’habituer à utiliser moins, voire plus du tout les avions commerciaux grand public. Air France, Lufthansa et British Airways auront disparu simplement à cause de la défection des passagers: le kérosène étant devenu trop cher, le transport aérien sera obligé de fermer des routes aériennes à cause du manque de passagers.
Q : Que pensez-vous de la réaction des pouvoirs publics ?
R : Les dirigeants sont aveugles à la réalité. La seule chose à laquelle ils aient pensé, c’est rétablir au plus vite notre addiction à l’avion, une sorte de nécessité actuelle. Cet accident de la nature aurait pu nous faire réfléchir mais on veut simplement revenir au "business as usual". Plus généralement, de François Fillon à Martine Aubry, tous disent qu’il faut retrouver le chemin de la croissance, mais la croissance c’est fini, pas pour des raisons de volonté humaine mais à cause de la raréfaction et de l’augmentation du coût des matières premières.
Q : Quelles sont vos solutions ?
R : Le mode de vie des pays industriels est insoutenable. Il faut redevenir humble et modeste et commencer à avoir une politique de sobriété, une politique solidaire entre les plus pauvres et les riches, car les rêves de profusion et de surconsommation ont échoué. Les économies doivent devenir plus locales, plus en circuits courts, notamment sur l’énergie et l’agriculture. Le fait que les importations par transport aérien soient actuellement bloquées montrent bien la fragilité des grands systèmes mondiaux. C’est dans le local que se trouve l’avenir de la paix pour les humains, sinon ce sera la guerre pour les derniers prédateurs des ressources naturelles, comme on le voit actuellement au Moyen-Orient.
Propos recueillis par Julie DUCOURAU