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Critiques sur l'EPR

Le Monde - 30 avril 2010

A Dieppe, les critiques fusent lors du débat sur l'implantation d'un EPR

Jean-Louis Borloo respecte-t-il le débat public ? C'est la question posée par Didier Houi, président de la Commission particulière du débat public pour le projet Penly3 ouvert lundi 29 mars à Dieppe et qui doit durer quatre mois. La petite ville de Penly, à 15 km de Dieppe (Seine-Maritime) dispose déjà de deux réacteurs nucléaires et devrait en accueillir un troisième, un EPR, sur le site de sa centrale. Didier Houi, par ailleurs directeur de l'Agence régionale pour l'environnement (ARPE) de Midi-Pyrénées a annoncé avoir écrit au ministre de l'écologie. Dans sa lettre, il s'étonne que le document officiel de Programmation pluriannuelle des investissements électriques, qui vient d'être publié, assure "à deux endroits différents que la mise en service du réacteur de nouvelle génération de Penly (l'EPR) est déjà décidée."

Une telle méthode renforce selon lui, "le scepticisme existant sur l'utilité du débat public en général, et de celui de l'EPR Penly en particulier. En effet, la loi du 27 février 2002 prévoit qu'un débat public porte, à la fois, sur l'opportunité et les modalités de sa mise en oeuvre." Cet avertissement a été salué par Michèle Ernis, l'une des représentantes du Collectif Stop EPR : "Je vous remercie de l'avoir dit, il faut un respect du débat public".


Tout est-il joué d'avance, alors que le président de la République avait annoncé dès janvier 2009 que l'EPR serait lancé ? Peut-être pas, comme en a témoigné la vivacité de la discussion entre membres de la Commission, représentants d'EDF, et une assistance de plus de deux cents personnes.

Dans son document de présentation, EDF se réfère au Grenelle de l'environnement alors que la question du nucléaire avait été, dès le départ, écartée des débats. Un "parrainage" qui n'a pas convaincu. Les critiques sur le projet l'ont emporté. Au centre d'entre elles, la question du travail. Des sous-traitants chargés de la maintenance des centrales se sont fait entendre : "Nous sommes les invisibles, a dit l'un d'entre eux, Philippe Billard, 80 % des expositions radioactives dans les centrales sont prises par nous". Un délégué CGT, Yves Adelin, a renchéri : "Il y a aussi un malaise parmi les agents EDF. Depuis 1994, il y a eu 13 suicides parmi les employés de la centrale de Paluel. Il faut remettre les humains au coeur de la problématique". Pour EDF, Bernard Salha a répondu : "Nous sommes particulièrement sensibles à l'humain."

De leur côté, les responsables économiques locaux estiment que le chantier représenterait un investissement de 4 milliards d'euros. "Cela peut être un levier pour le développement économique de la région, qui est fragilisée par la crise", a dit Eveline Duhamel, présidente de la Chambre de commerce et d'industrie de Dieppe. A quoi Véronique Bérégovoy, vice-présidente (Verts) de Haute-Normandie, a répondu : "La région est déjà surnucléarisée, et nous avons un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale. Il vaudrait mieux investir ces 4 milliards d'euros dans les économies d'énergie et les énergies renouvelables, qui créent quinze fois plus d'emplois que le nucléaire."

Enfin, les engagements antérieurs d'EDF ont été rappelés. Lors du débat public sur le réacteur de Flamanville, en 2005, l'entreprise avait affirmé que celui-ci permettrait d'"acquérir l'expérience d'exploitation suffisante d'un EPR avant de mettre en chantier une éventuelle série. Cette expérience ne s'acquiert que sur la durée : pour disposer d'un produit industriel fiable, maîtrisé et optimisé, il faut avoir exploité cette nouvelle unité pendant une durée raisonnable, estimée à 3 ans environ." Mais les chantiers des EPR, en Finlande et à Flamanville, connaissent d'importants retards. Cela conduit Alain Corréa, du Collectif "Stop EPR", a affirmé que "le débat n'a pas lieu d'être maintenant. Là, on nous demande de nous prononcer sur du vent. Retrouvons-nous dans cinq ans." Dans cinq ans ou en 2012 ?  La procédure d'autorisation de l'EPR conduirait à cette dernière date : le débat de Penly pourrait donc prendre une dimension nationale, en année d'élection présidentielle.

Hervé Kempf

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