Ce qui frappe dans cette crise, c’est une extraordinaire cohérence mais qui remonte à trente ans.
Au début des années 80 c’est l’avènement du reaganisme et du tatchérisme et la montée en puissance d’une idéologie : « l’Etat n’est pas la solution, l’Etat c’est un problème! Le moins d’Etat c’est la promesse du mieux vivre. Laissez vivre le marché, le marché vous fera vivre ! » Trente ans plus tard ce système manque de s’effondrer sur lui-même. Il est sauvé par les états, ce qui ouvre une seconde crise dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Pour en sortir, deux types de solutions sont avancés. Un discours sur la réglementation du marché, qui marquerait le retour des états dans le contrôle de l’économie, mais on voit bien pour l’essentiel qu’il s’agit d’un discours verbal, et qui n’entre pas, en tout cas pour l’instant, dans la réalité. En revanche la seconde voie de salut, elle, n’a aucune hésitation : plus la crise du libéralisme débridé se confirme, plus elle s’étend, plus elle s’aggrave, et plus l’idée s’impose que les états sont encombrés par leur fonction publique, qu’il faut drastiquement dégraisser, et par leur politique sociale, qu’il faut radicalement trancher. Les enseignants, les policiers, les médecins des hôpitaux, bref : « les fonctionnaires sont un poids, les retraites sont un boulet, la sécurité sociale est un gouffre. » Après s’être effacés de l’économie, les états doivent maintenant se retirer du social, sous peine d’être mal notés.
C’est ainsi que nous voyons ce que nous voyons : une crise formidable ayant sanctionné la philosophie du moins d’Etat ; la solution pour en sortir, partout, dans toute l’Europe, et que les peuples acceptent parce qu’ils n’en voient pas d’autres, c’est : encore moins d’Etat ! En résumé : le véhicule étant en perdition dans la descente parce qu’il a perdu ses freins, le chauffeur est sommé d’accélérer pour aller plus doucement…