Laure Noualhat, Libération, 13 août 2010
Bonne nouvelle : en dix-sept ans, les émissions de CO2 de la France n’ont pas augmenté. Mauvaise nouvelle : elles n’ont pas baissé non plus. Début août, le Commissariat général du développement durable a livré l’empreinte carbone de la France pour 2007 (il faut deux ans pour consolider les données). Les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, ainsi que les ménages ont émis 439 millions de tonnes de CO2, soit une tonne de plus qu’en 1990.
Pour la première fois, l’étude intègre les émissions liées au commerce extérieur. Les importations représentent 42% de l’empreinte carbone française de 2007, soit 230 millions de tonnes de CO2 tandis que les exportations ne comptent que pour un quart du bilan carbone du pays.
A y regarder de plus près, l’étude montre que jusqu’en 2000, les émissions de CO2 du pays ont augmenté. «Normal, durant ces années, il n’existait guère de politique d’efficacité énergétique, confie Michèle Pappalardo, commissaire générale au Développement durable. Pour atteindre le facteur 4 [la division par 4 des émissions de CO2 de la France d’ici à 2050, ndlr], il faut des politiques encore plus vigoureuses.» Les données récoltées après le Grenelle - en 2007 - sont indisponibles…
Il n’empêche : avant le fameux Grenelle, les premières politiques énergétiques portent timidement leurs fruits. Si bien qu’en 2007, on constate que les émissions de l’industrie baissent de 10%. En revanche, celles des services et des transports augmentent, comme celles des ménages (chauffage et voitures), lesquelles représentent 30% des émissions nationales.
La France est donc victime du «syndrome de la fille partie faire les soldes» : en gros, plus on économise, plus on consomme ! Même si le pays améliore l’efficacité de son système de production, ses efforts sont annulés en cas de forte croissance de la production et de la consommation.
Ainsi, depuis vingt ans, les ménages français ont beau s’offrir des voitures plus légères et moins énergivores, cela ne sert à rien s’ils roulent plus avec. Ou en ont plus qu’avant. «Il faut persévérer, insiste Michèle Pappalardo. Il faut s’habituer à faire des économies, ne serait-ce que pour anticiper le renchérissement des énergies.» Il faut surtout redoubler d’efforts si l’on souhaite réduire de 80% nos émissions de gaz à effet de serre, et non les maintenir au niveau de 1990.