Par captain_smart
une tribune publiée sur Rue89
Par Thierry Jeantet et Jean Matouk | Forum pour une autre économie | 25/04/2010
L'embellie proclamée, les deux ou trois hirondelles aperçues du côté de la croissance, de l'emploi aux Etats-Unis, des bourses et du prix du pétrole pouvant dispenser de regarder en arrière et plus encore d'échapper aux bonnes vieilles certitudes !
Or, ces hirondelles ne font même pas le printemps car les conditions de fonctionnement financier du capitalisme mondial, qui ont été à l'origine de la crise financière, sont toujours présentes.
Des promesses du G20 de Londres, bien peu ont été tenues. Quelques avancées, très insuffisantes sur les paradis fiscaux, une taxation spéciale des profits des banques et des boni, mais rien sur le fonctionnement incestueux des agences de notation vis-à-vis de leurs clients qu'elles cotent et surtout rien en matière de régulation de l'économie mondiale.
Une énorme masse de dollars ou euros, volatile, maniée par des institutions financières trop souvent hors sol par rapport à l'économie réelle, menace d'une nouvelle avalanche destructrice.
D'autant que le mécanisme financier déclencheur de septembre 2008 s'inscrivait dans une mondialisation en crise multidimensionnelle, beaucoup plus profonde, ancienne, durable :
Il n'en n'est que plus surprenant de voir les réflexions sur la sortie de crise se limiter à la correction ou la réparation du système capitaliste, quel que soit son ressourcement possible. Certes, personne ne peut nier la puissance du capitalisme, sa capacité de contrition (y compris de la part du patron de Davos).
Mais la frilosité à remettre en cause ce système lui-même est vraiment étonnante ; d'autant qu'il est pernicieux de le confondre avec la notion de marché ! Option idéologique, force des habitudes ? Comme si, en ce début de seconde décennie du siècle, l'innovation était réservée aux seules sphères technologiques, industrielles mais surtout pas économiques et encore moins sociales et politiques ! Curieux paradoxe !
Comment aller vers un monde pluriel ? Ouvert à d'autres solutions ? Sans doute en puisant dans des boîtes à outils incontournables : écologisme (face à la crise climatique), marxisme (débarrassé de ses scories)…
Mais certainement aussi et peut être d'abord, en observant une alternative trop peu mise en lumière, celle de l'économie sociale au sens propre du terme, avec ses dimensions de propriété privée collective, de juste répartition des richesses créées et de solidarité, de gouvernance démocratique.
Cette alternative réelle au capitalisme est contestée tant par ceux qui ne croient qu'en l'entreprise avec « patron-propriétaire », que de l'autre côté par ceux qui rêvent encore de l'économie administrée, ou enfin de ceux qui considèrent qu'un vaste élargissement du compromis redistributif, au sein du capitalisme, suffit. Encore faut-il préciser les modalités exactes de financement de cet élargissement.
Une quatrième critique de l'alternative coopérative et mutualiste émane de ceux qui la considèrent comme une idée sympathique, mais qui, n'ayant pas percé, surtout médiatiquement, doit être rangée au musée des utopies. Cette dernière critique est peut être la plus dangereuse aujourd'hui, dans un médiasphère ou n'existe que ce qui est médiatisé.
Or, cette alternative de l'économie sociale est vivace et probante. Elle concerne déjà des centaines de millions de personnes sur chaque continent à travers des mutuelles, coopératives, associations, communautés, « charities », fondations…
Elle semble particulièrement bien adaptée à une mondialisation exigeante où le sens du collectif dans l'effort doit trouver sa contrepartie dans la distribution équitable des revenus, gage de la réussite durable d'une économie soumise à des critères d'efficacité sociale, civique, environnementale.
Il faut en effet s'interroger sur l'articulation entre l'organisation sociale de la production et des échanges, et un mode de croissance qui intègre inévitablement le respect en tous points des femmes et des hommes quels qu'ils soient et celui de notre Terre-Patrie.
Il faut, là aussi, innover et notamment sortir du débat classique entre d'une part, une croissance du PIB dévoreuse d'énergie et d'environnement, décérébrante par son mode de promotion de la consommation, et d'autre part, une décroissance purificatrice.
C'est pourquoi nous avons créé, avec des économistes, sociologues, philosophes, entrepreneurs, un « Forum pour une autre économie ». Nous espérons ouvrir en son sein un cycle de débats pour imaginer ce que pourrait être une nouvelle économie à la fois citoyenne, sociale et environnementale.
Nous appelons d'ores-et-déjà tous ceux qui sont intéressés à participer aux colloques que nous allons organiser à partir d'octobre 2010, dans tous les domaines ou nous pensons pouvoir proposer une « autre » économie.
► Un site sera prochainement ouvert. Ceux qui sont intéressés peuvent adresser leurs suggestions à jean.matouk@wanadoo.fr ou thierry.jeantet@euresa.org
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