KHARTOUM — La moitié de la population du Sud-Soudan, soit plus de quatre millions de personnes, aura besoin d'aide alimentaire cette année en raison des conflits tribaux et de la sécheresse qui touche la Corne de l'Afrique, ont indiqué mardi l'ONU et les autorités locales.
"Les conflits internes et les incursions de l'Armée de résistance du seigneur (LRA, rebelles ougandais) doublés de la sécheresse ont fait qu'environ la moitié de la population du Sud-Soudan manque de nourriture", a déclaré le ministre sud-soudanais de l'Agriculture, Samson Kwaje.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a fourni une aide alimentaire à un million de personnes l'an dernier dans cette région, mais prévoit que 4,3 millions d'habitants auront besoin en 2010 d'aide, ce qui représente la moitié de la population de cette région semi-autonome.
Le Sud-Soudan, région sous-développée aussi vaste que la France et gorgée de ressources pétrolières, a mis fin en 2005 à 21 ans de guerre civile avec le nord du pays, un conflit à l'origine de deux millions de morts.
Mais, au cours de la dernière année, une recrudescence des violences entre tribus rivales et des raids commis par les rebelles ougandais de la LRA ont fait plus de 2.500 morts et forcé le déplacement de 350.000 personnes.
A cela s'ajoute une faible récolte liée à une mauvaise distribution des pluies (parfois trop abondantes, parfois pas assez) et à la sécheresse, soulignent les autorités.
L'ONU ne parle pas de famine, mais d'insécurité alimentaire, sévère ou modérée, pour décrire la situation actuelle dans les différents Etats du Sud-Soudan.
"Lors d'une famine, la population n'a pas absolument rien à manger (...) dans le cas présent, disons que les assiettes sont à moitié remplies ou presque vides", a déclaré à l'AFP Leo van der Velden, coordinateur du PAM au Sud-Soudan.
"La sécheresse régionale a fait grimper le prix des denrées importées du Kenya et de l'Ouganda. Et les combats tribaux ont eu pour effet de stopper le commerce (dans certains secteurs du Sud-Soudan)", ce qui a encore fait augmenter le prix des produits qui, dans certains cas, n'étaient tout simplement pas disponibles sur les marchés, dit-il.
Le PAM fournira des céréales, de l'huile végétale et d'autres produits de base aux populations vulnérables, tout en espérant que la grande récolte d'été - attendue vers la fin juin, début juillet - soit fructueuse.
"Pour l'instant, nous misons sur une bonne récolte, mais si ce n'est pas le cas nous devrons changer notre préparation et nos projections pour l'année", a prévenu M. Van der Velden.
Ces 4,3 millions de Sud-Soudanais s'ajoutent aux 4,7 millions d'habitants du Darfour (ouest du Soudan) se nourrissant grâce à l'aide internationale, et portent à 11 millions le nombre total de Soudanais qui dépendent de l'aide alimentaire.
La guerre civile en cours depuis 2003 au Darfour a mené au déplacement de 2,7 millions de personnes qui vivent dans des camps sous perfusion de l'aide internationale. Deux autres millions de Darfouris requièrent une aide alimentaire dont la durée et l'intensité dépendent des récoltes.
"La saison des pluies a été plus courte et moins intense que d'habitude en 2009 au Darfour", a indiqué mardi à l'AFP un responsable humanitaire exigeant l'anonymat. Cette sécheresse pourrait prolonger la "saison de la faim" - entre deux récoltes - et poser des problèmes d'accès à l'eau, a-t-il ajouté.
Plus grand pays d'Afrique, le Soudan doit tenir en avril prochain ses premières élections -- législatives, présidentielle et régionales-- multipartites depuis 1986. Un référendum est aussi prévu en janvier 2011 sur la sécession du Sud-Soudan.