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accident EPR

La semaine dernière, Hervé Nifenecker accusait "Sortir du Nucléaire" de vouloir "détruire l'industrie du nucléaire" en présentant de manière "fallacieuse" des documents dévoilés par une source anonyme, interne à EDF. Voici la réponse du Réseau, qui persiste, et signe.

La France ne doit pas propager une technologie explosive

Il y a une semaine, le Réseau «Sortir du nucléaire» a publié des documents internes à EDF sur l’EPR en construction à Flamanville, fournis par une source anonyme. Les premiers enseignements que l’on peut en tirer laissent craindre la possibilité d’un accident majeur pour le réacteur de troisième génération. L’usage du mode de pilotage propre à l’EPR, dit «Retour Instantané en Puissance» (RIP), censé lui permettre d’adapter sa puissance à la demande électrique, pourrait accroître les risques de perte de contrôle du réacteur. On assisterait alors à un emballement du réacteur, dont les conséquences seraient d’autant plus graves que le mécanisme d’arrêt automatique pourrait ne pas se déclencher. Le réacteur risquerait alors l’explosion.

D’ores et déjà, des défenseurs du nucléaire ont réagi, dont Hervé Nifenecker, affirmant qu’il était normal d’envisager dans les documents de travail toutes les hypothèses possibles, y compris les cas d’accident grave, et que tous les paramètres étaient parfaitement maîtrisés par les ingénieurs. Nous nous contenterons de les  renvoyer à la lecture des documents, en particulier à la note « Bilan de la phase préliminaire de l’étude d’EDG FA3 et perspectives », où EDF avoue explicitement que tous les problèmes sont loin d’être résolus, qu’il conviendra de ne pas en informer l’ASN, et que celle-ci devra recevoir des notes minimisant les risques. Et de signaler que le simple geste des lanceurs d’alerte qui ont transmis ces documents internes en dit long sur la prétendue maîtrise des problèmes !

Car il ne s’agit pas d’entrer ici dans un match de ping-pong sur les arguments techniques, qui aurait pour effet d’esquiver les autres questions que soulève cette affaire.

D’un simple point de vue méthodologique, est-il responsable de commencer à construire un réacteur alors même que certains paramètres échappent au concepteur ? Est-il responsable, deux ans après, alors que
les ingénieurs butent toujours sur ces points, de décider d’en construire un deuxième ? De manière générale, comment justifier le maintien de la filière nucléaire française, alors même que les pollutions liées au nucléaire sont connues et qu’il n’existe aucune solution au problème des déchets ?

Qu’est-ce qui justifie le développement de l’EPR, et du nucléaire en général ? Accroître la production d’électricité, à l’heure où la France devrait se concentrer sur la maîtrise de ses consommations plutôt que de se lancer dans une fuite en avant ? L’emploi ? On sait que pour un investissement similaire, les économies d’énergie et les renouvelables pourraient créer jusqu’à 15 fois plus d’emplois, non délocalisables et répartis sur tous le territoire . L’économie ? Les coûts de construction du premier EPR, qui seront payés par le contribuable, ont déjà explosé, et la rentabilité de ce réacteur «de 3ème génération» est compromise. La lutte contre l’effet de serre ? Trop cher, trop dangereux et hors jeu pour la majorité des émissions de gaz à effet de serre, le nucléaire ne saurait répondre à cet enjeu . L’Agence Internationale de l’Energie elle-même reconnaît qu’un développement tous azimuts du nucléaire, avec l’hypothèse invraisemblable de 32 GW de puissance installées chaque année (soit un réacteur tous les 15 jours) jusqu’en 2050, ne permettrait d’obtenir qu’une réduction minime des émissions de gaz à effet de serre, de l’ordre de 6 %  …

Rien ne saurait justifier le développement du nucléaire. Dans ce contexte, et à la lumière des dernières révélations, la volonté de Nicolas Sarkozy de relancer le nucléaire civil, en réunissant une soixantaine de pays dans les locaux de l’OCDE, est plus choquante que jamais. Ses propos présentant le nucléaire comme une technologie « propre », souffrant d’ «ostracisme», frôlent le surréalisme. Notons également la participation à cette conférence de nombreux pays non signataires du Traité de Non-Prolifération, comme Israël, qui a signalé son intention de signer des contrats avec la France.

La volonté de l’Etat d’étouffer toute contestation, en déployant une impressionnante présente policière pour empêcher les citoyens de se rendre sur les lieux de la conférence pour protester, est extrêmement révélatrice : ce sont des enjeux de pouvoir, et rien d’autre, qui dictent la politique énergétique française !

Toutefois, nous invitons à ne pas être dupe du jeu du Président Sarkozy : cette conférence n’est finalement qu’une tentative désespérée de donner le change, pour faire oublier les difficultés que rencontre la filière nucléaire française. L’EPR accumule les déboires, les scandales s’ajoutant aux échecs commerciaux rencontrés par le réacteur de troisième génération. Quant aux projets de construction d’un réacteur par GDF Suez, ils semblent peu réalistes, étant donné l’absence de maîtrise de technologie de cette firme. En France comme dans le monde, les capacités industrielles limitées de la filière nucléaire (goulots d’étranglement au niveau de la production, manque de personnel qualifié…)  constitueront inévitablement un frein à une hypothétique relance. 

lexpansion.com

 

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