• Dimanche 24 octobre, Mark Sutton a été tué par un chasseur alors qu'il faisait du VTT en Haute-Savoie. De plus en plus de citoyens se mobilisent contre cette pratique:

    FRANCE SANS CHASSE

    Collectif pour le Dimanche sans chasse

     

     

     

     


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  • Dans leur ouvrage Happycratie, la sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas interrogent la place ambiguë qu’occupe le bonheur dans nos sociétés modernes.

    En réalité, c’est une version tout à fait réduite du bonheur qui est abordée dans cet ouvrage. Celle, élaborée au tournant du XXe siècle, par les tenants américains de la psychologie positive et postulant que, pour atteindre ce sacro-saint bonheur, les personnes devaient effectuer un travail sur elles-mêmes afin de mieux se connaître et de mieux se corriger.

    Car c’est bien de cela qu’il est question. L’enjeu est de travailler sans cesse à une amélioration, à une maximisation même, de notre potentiel, pour atteindre une forme de béatitude sereine. En devenant une injonction sociale, la quête du bonheur devient aussi une source d’angoisse, qu’il convient alors de combler. La poursuite du bonheur au carré en somme.

    Mais n’ayez crainte, vous n’êtes pas seuls : au-delà de cette joyeuse novlangue élaborée aux frontières du management et du développement personnel, vous pourrez trouver une foule de livres, formations et autres applications numériques vous permettant d’atteindre ce bonheur perpétuel.

    Les marchandises émotionnelles

    C’est d’ailleurs ce que les auteurs appellent les “marchandises émotionnelles”. Sortes de marchands du temple modernes, ayant colonisé peu à peu les esprits et les librairies, avec la promesse, toujours renouvelée, de nous rapprocher de nous-même.

    Tous ces articles participent ainsi au travail de persuasion collective, visant à nous convaincre que cette quête est la nôtre et que nous en priver serait nous condamner inéluctablement au malheur. 

    Mais c’est surtout une source de consommation virtuellement infinie, car personne n’est jamais suffisamment sain ni suffisamment heureux. C’est donc une quête de soi à soi qui, chaque jour, se trouve nourrie d’un nouveau mantra, d’une nouvelle méthode ou d’un nouvel objectif à atteindre pour se trouver véritablement esprit sain dans un sain corps.

    En témoignent les ventes phénoménales des livres dits de “développement personnel”, toujours dans les classements des livres les plus achetés. Mais cette “impossibilité psychologique du bonheur”, pour reprendre les mots de Proust, est nourrie par ceux-là même qui prétendent nous fournir les clefs du bien être. 

    Individualisme et consumérisme

    Il aura fallu à peine plus d’une décennie pour nous convaincre que la valeur cardinale de notre existence tenait dans un sentiment empreint d’individualisme et de consumérisme vorace. Sous couvert de nous aider à mieux vivre, ces théories nous maintiennent en réalité dans une forme de servitude câline, joyeuse et volontaire.

    Mais au-delà de ces logiques assez classiques de suggestion et de persuasion du consommateur, l’avènement du bonheur et de sa quête effrénée, a eu des incidences bien plus profondes dans notre manière d’être au monde.

    La recette du bonheur ne repose plus sur une tentative de changer le monde, amis sur une quête permanente de se changer soi-même : changer la manière dont on pense, dont on ressent, dont on se comporte au quotidien. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les mantras de ces gourous du développement personnel sont des formules magiques appliquées de soi à soi.

    Renoncer à changer le monde

    En intégrant le postulat que pour être heureux, il faut avant tout se changer soi-même, on accepte en réalité de renoncer à changer le monde. Si mon bonheur ne tient qu’à moi et moi seul, à quoi bon m’ancrer dans une logique de changement plus large, à quoi bon lutter contre les structures du capitalisme qui nous oppriment.

    C’est d’ailleurs l’une des thèses centrales de l’ouvrage d’Illouz et Cabanas. Les auteurs postulent clairement dans leur livre l’alliance objective de cette doctrine du bonheur et du néolibéralisme. En clair, plus les individus achèteront ces livres de développement personnel et moins ils se soucieront de combattre les injustices du monde. Ils expliquent ainsi que les personnes se sentant impuissantes face aux aléas de l’économie et se rassurent en se disant qu’ils peuvent retrouver prise sur leur vie, grâce aux outils fournis par l’industrie du bonheur.

    Outils, qui fournissent, selon les auteurs, un “sentiment d’espoir, de puissance et de consolation”. Un cocon de plénitude dans un monde mauvais, ou la dissolution de la lutte, dans la perspective du bonheur individuel.

    Arjuna Andrade, France Culture, 11/10/2018


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  • LE MONDE MAGAZINE | 02.04.2010

    Dès l'école, on nous apprend à analyser les textes, à décrypter leurs enjeux, leurs non-dits. Chacun sait qu'un discours n'est jamais neutre, qu'il charrie des idées, voire de l'idéologie. Pour ce qui est des images, en revanche, personne ne nous a enseigné à poser sur elles un regard critique.

    Dans un bel essai intitulé Le Pouvoir esthétique (Ed. Manucius, 140 p., 15 €), la philosophe Baldine Saint Girons souligne d'ailleurs que cette absence d'éducation nous " livre, pieds et poings liés, aux apparences, aux images et à ceux qui les manipulent ". Face aux manipulateurs en question, nous nous trouvons désarmés.

    De cette distorsion entre vigilance textuelle et complaisance visuelle, la récente "affaire Zemmour" offre un bel exemple. On s'est indigné des propos tenus par le journaliste dans l'émission "Salut les Terriens", sur Canal+, mais bien peu ont dénoncé la façon dont ce "dérapage" a été mis en scène par Thierry Ardisson.

    Surtout, alors qu'on a cité les nombreuses provocations qu'Eric Zemmour a égrenées dans le passé, personne n'est venu rappeler qu'Ardisson, lui, a toujours été le roi du dérapage planifié : année après année, c'est de façon parfaitement maîtrisée qu'il orchestre le grand show du prétendu "politiquement incorrect". Le multirécidiviste, c'est lui.

    Quelques belles âmes se sont donc émues qu'un animateur de télévision ait pu laisser dire de telles choses sans réagir. Or la marque de fabrique des talk-shows façon Ardisson, c'est justement que le maître de cérémonie n'y "laisse" rien au hasard : loin de la spontanéité et de la liberté qu'il revendique, ses émissions se distinguent par une technique de montage implacable. Nulle improvisation, zéro happening : les séquences qui sont données à voir, l'animateur les a sélectionnées. Mieux : il les met en valeur par des rictus entendus et des mines suggestives.

    C'est le cas, aujourd'hui, quand Zemmour affirme que "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes", et qu'on aperçoit l'animateur prenant un air d'indignation gourmande, l'air de dire "Hou, la, la ! Comme il y va...". Mais c'était le cas aussi, naguère, sur le plateau de "Tout le monde en parle", l'émission qu'Ardisson animait sur France 2 jusqu'en 2006.

    A l'époque, il propulsait Thierry Meyssan, l'homme qui nie la réalité des attentats du 11-Septembre, sur le devant de la scène médiatique (émission du 16 mars 2002). Il installait Dieudonné dans le rôle du grand réprouvé, de l'artiste maudit, l'orientant sur le chemin du délire paranoïaque et lui faisant répéter jusqu'à la nausée ses formules les plus antisémites (11 décembre 2004). Il proposait une interview baptisée "Fin de phrase", au cours de laquelle un invité devait compléter les propos que lui-même ne faisait qu'amorcer : "Le vrai problème, avec les Juifs, aujourd'hui, c'est…", "On dit que les Arabes sont des voleurs, c'est faux…", "Je rêve d'une France nettoyée de… " (25 juin 2005). Bref, au milieu des paillettes et dans l'éblouissement des projecteurs, Ardisson faisait du frisson raciste et antisémite, mais aussi sexiste ou homophobe, le véritable clou de son spectacle. En toute impunité.

    Voilà pourquoi il faut savoir gré à l'Institut national de l'audiovisuel (INA) d'avoir mis en ligne les archives de "Tout le monde en parle". Il y a là un matériau exceptionnel. En s'y plongeant, chacun peut s'entraîner à déjouer la perversion des images, et d'abord l'illusion du faux direct. Parce que Ardisson est passé maître en la matière, je vous recommande d'aller y voir. Exercez-vous à repérer telle coupe grossière, tel recadrage démagogique, tel tour de passe-passe idéologique. Bien sûr, ce n'est pas facile. Au début, vous serez un peu isolés. Vos amis vous demanderont : pourquoi perdre ton temps avec de telles vulgarités ? Vous n'aurez qu'à leur répondre ceci : quand la vulgarité est au pouvoir, il est temps de la prendre au sérieux.


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  • Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, s’est éteinte mardi soir à 90 ans.


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  • https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/femmes-cachez-ces-poils

    8 mars 2017

    Dans nos sociétés blanches patriarcales, les choses sont claires : les hommes sont poilus et les femmes ne doivent pas l’être.

    Ces dernières sont en effet soumises à une injonction sociale sexiste qui veut que la femme reste féminine et désirable, en transformant son corps en en objet de désir. Ce message est extrêmement bien assimilé – y compris par les femmes elles-même – car lié à des représentations occidentales anciennes de la féminité. Les pratiques épilatoires sont étroitement liées aux représentations genrées que l’on se fait de la féminité et de la virilité. Et pour cause, pendant des siècle, les barbes et autres moustaches ont symbolisé la force, la sagesse, la connaissance et surtout le pouvoir. Autant de qualités exclusivement attribuées à la gente masculine.

    La pornographie, industrie principalement dominée par les hommes, relaye aujourd’hui plus que jamais, cette image de la femme imberbe en exposant des vagins totalement épilés.

    Cette préférence révèle la conception largement partagée par les hommes qu’un corps de femme glabre serait plus désirable, plus « normal » qu’un corps poilu. Peu importe l’utilité du poil, dont la vocation naturelle, protectrice, est totalement mise de côté.

    Aujourd’hui encore, les femmes doivent être douces et les hommes peuvent choisir d’être barbu ou rasé.

    L’épilation est-elle une forme de domination exercée par les hommes sur les femmes ? L’histoire, et notamment celle de l’art, nous dit que oui… Comment, en faisant disparaître les poils de leurs représentations, les artistes ont-ils contribué à rendre les femmes invisibles ?

    Chronique d’un sexisme annoncé, par Agathe Petit


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