• La « France des invisibles »

    Ce matin il sera question de la fameuse France des invisibles ! Etrange adjectif qui semble pourtant avoir fait mouche pour désigner ces français qu’on ne voit plus (ou qu’on ne veut plus voir) : ces ouvriers (si, si, il en existe encore !), ces employés, ces licenciés de PSA et d’Arcelor Mittal à Gandrange, ces résidents des petites villes et des banlieues périphériques… et ces caissières aussi, alors que sort justement aujourd’hui le film Tribulations d’une caissière de Pierre Rambaldi.

     

    Le sujet est dans l’air du temps… Serait-ce donc le retour de la France des oubliés dans le débat politique ? Rien n’est moins sur, car la seule qui cite ostensoirement la France invisible, c’est... Marine Le Pen ! Déclarant justement dimanche dernier en Lorraine vouloir être la présidente "des oubliés" et des "invisibles".

    Alors que le vote des classes populaires risque d’être déterminant en 2012, une question taraude nos invités : que fait la gauche ? A-t-elle définitivement choisi, comme lui préconisait un rapport de Terra Nova en mai 2011 d'abandonner les classes populaires et de se tourner désormais vers d’autres catégories sociales ? A-t-elle donc reporté toute son énergie vers d'autres combats, et ce au détriment de la majorité invisible ?

    Telles sont les questions, certes, bien dérangeantes, que se posent nos deux invités de ce matin, le géographe Christophe Guilluy et le journaliste du Nouvel Observateur Hervé Algalarrondo.

     


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  • Où est la gauche à l’heure de la tourmente économique ?

    Serge Halimi, Le Monde Diplomatique


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  • La désignation de François Hollande, une bonne nouvelle pour le Front de gauche ? "Quand un responsable socialiste vient apporter de l'eau au moulin de la résignation en expliquant que la seule perspective c'est la rigueur, on peut dire que ça arrange les affaires de Mélenchon mais ça n'arrange pas les affaires de la France", a répondu, lundi 17 octobre sur France Info, Jean-Luc Mélenchon qui lui a cependant renouvellé son "offre publique de débat".

    Une occasion, estime le candidat du Front de gauche – qui rassemble le Parti de gauche (PG), le Parti communiste et la Gauche unitaire –, de marquer sa différence. "Pendant la campagne des primaires, la force de Hollande est de s'être ostensiblement limité au service minimum de gauche sans broncher, avec un magnifique sandwich au pain et un très grand bol d'eau tiède", a-t-il expliqué mardi dans une interview à Médiapart (lien payant). M. Hollande "assume une ligne d'accompagnement du libéralisme", juge Eric Coquerel, secrétaire national du PG. Pour François Delapierre, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, "ça facilite la clarification à gauche".

    "Ce que j'enregistre positivement, c'est la disponibilité de l'électorat socialiste, avec le score d'Arnaud Montebourg", se réjouit Alexis Corbière, secrétaire national du PG. L'objectif avoué: capter ceux qui ont voté, lors de la primaire, pour le député de Saône-et-Loire, et aussi ceux qui ont soutenu Ségolène Royal. Dès dimanche soir, sur son blog, M. Mélenchon lançait un appel "aux socialistes de gauche, aux sympathisants et aux électeurs de ce parti qui savent déjà à quoi s'en tenir".

    "GAUCHE DE RUPTURE"

    "Un espace nouveau s'est peut-être ouvert. Encore faut-il l'utiliser !", met en garde Marie-George Buffet, candidate du PCF en 2007, qui avait obtenu 1,93 % des voix. Pour 2012, le Front de gauche souhaite incarner "une gauche de rupture". Résumé dans l'ouvrage L'Humain d'abord (Librio, 96p., 2euros), le programme du Front de gauche met en avant un smic à 1 700 euros brut, le retour de la retraite à 60 ans, une VIe République, la mise sous tutelle des banques ou encore la sortie du traité de Lisbonne.

    M. Mélenchon table aussi sur un faible nombre de candidatures à gauche. Outre M. Hollande et M.Mélenchon, Eva Joly (Europe Ecologie-Les Verts) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) sont également en lice. Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) n'est pas assuré de réunir ses 500 parrainages. "Cette fois, l'argument de la gauche émiettée ne tient pas: ça anéantit l'argument du vote utile au premier tour", veut croire M. Corbière.

    Dans les derniers sondages, réalisés avant la primaire, M. Mélenchon progressait légèrement pour se situer entre 7 % et 9 % des intentions de vote; son meilleur score étant réalisé face à l'hypothèse de la candidature Hollande. "Jean-Luc Mélenchon va-t-il réussir à être entendu ? questionne Alexis Corbière. C'est le cœur de tout. Il ne suffit pas que François Hollande fasse une campagne de centre gauche pour que nous ayons automatiquement des parts de marché. Il y a des cœurs à prendre, des gens à convaincre. Ne faisons pas preuve d'arrogance. Le débat politique ne fait que commencer."

    Raphaëlle Besse Desmoulières, Le Monde, 18/10/2011 

     


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  • Voilà, on a un candidat! Certes, ce n'est pas le candidat rêvé, ce n'est pas la gauche qui fait rêver, mais il y a un impératif: se débarrasser de Sarkozy! D'ailleurs ce dernier a mieux à faire: s'occuper d'un nouveau-né...


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  • ça y est! la gauche vient encore de perdre les présidentielles, puisque Royal vient d'annoncer sa candidature!


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  • "Après la gauche"

    Un film co-réalisé par Jérémy Forni, Geoffroy Fauquier et Gaël Bizien

    Produit par la Compagnie Phares et Balises; Sur les écrans de cinéma depuis mercredi 1/06/2011

    Sur scène, en concert un soir, Alain Souchon faisait éclater d’un rire un peu triste la foule venue l’acclamer en déclarant : « toujours avec la gauche, vient la désillusion ». Et c’est bien de désillusion voire de gueule de bois, qu’il s’agit dans ce film. Comme un mauvais vin cuvé depuis 30 ans et ce soir de mai où certains se sont bercés de la promesse que la gauche pourrait changer la vie.

    Trois mots, pour les trois réalisateurs de ce film : 1981, chômage, sida. Les trois repères, qui ont marqué toute une génération de français. La génération Mitterrand. Pas celle, pouponne et l’œil pétillant, des affiches signées Jacques Séguéla en 88. Celle qui a entre 35 et 45 ans aujourd’hui et qui n’aura presque jamais rien connu d’autre que la peur. Peur de la maladie, peur de la crise, de ses plans de licenciement, de la plaie du sous-emploi voire du non-emploi, peur du déclassement et surtout apparition d’un mot devenu d’usage à la fois courant et quotidien, point cardinal de nos sociétés post-Guerre froide : précarité.

    Ils ont rêvé, comme leurs parents, d’une gauche leur offrant une société plus juste, qui mettrait l’humain au cœur du concept de développement, qui saurait inventer le monde d’après l’effondrement du bloc soviétique.

    Mais, mauvaise pioche, cette gauche n’a su qu’assister en spectatrice à l’installation du profit au pinacle des valeurs, quand tout en bas, l’homme, lui, s’épuise à essayer de survivre.

    Avec la gauche vient la colère. Celle que partagent la plupart des experts interrogés dans ce film : sociologues, philosophes, responsables syndicaux, écrivains. Ils estiment que la gauche n’existe plus, qu’elle s’est dissoute dans le brouet libéral. Le parti socialiste ? De quoi est-il le nom, nous dit François Houtart, quand il place l’un des siens à la tête du FMI, un autre à la tête de l’OMC, et qu’un troisième peut entrer dans un gouvernement de droite pour y exercer les fonctions de ministre des Affaires étrangères ?

    La gauche, s’exclame encore Bernard Stiegler, mais… elle s’en fout des idées ! Et le philosophe d’asséner : ce que veut la gauche, c’est être réélue. Le principal problème du PS aujourd’hui, ajoute-t-il, c’est d’avoir un assez bon score aux élections pour que les aides aux partis politiques prévues par l’Etat couvrent les frais de fonctionnement de Solferino.

    C’est une gauche qui a renoncé à penser le monde. Une gauche qui ne respire plus à l’unisson des classes ouvrières.

    Un homme, un seul politique, parmi tous les intervenants du film, doit assumer, involontairement, la charge de toutes ces critiques : c’est Lionel Jospin. Saisissant décalage entre l’indignation, vibrante, du syndicaliste Christian Corouge, celle de l’écrivain Eric Hazan, du philosophe italien Antonio Negri, et la parole compassée et comme passée de l’ancien Premier ministre.

    Les mots sortent douloureusement, tels autant d’aveux d’impuissance et Lionel Jospin finit par le dire : "Je crois qu'un certain nombre de tâches, si on en mesure l'ampleur, sont quasiment de caractère utopique. [...] Mais par rapport aux périodes antérieures, on se rend compte que ces tâches utopiques sont absolument indispensables".

    Une autre utopie est donc non seulement possible, mais nécessaire. Tourner la page ? C’est le titre du film après tout : après la gauche. La tourner avec qui, pour faire quoi ? Pas avec nous, disent les personnes interrogées, toutes nées bien avant l’avènement de la gauche au pouvoir en France. Pour faire quoi ? « Réinsérer du rêve dans les luttes sociales ». Réinventer le futur, dit Antonio Negri, on en a la force. Encore faut-il le vouloir.

    Audrey Pulvar, France Inter

     


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  • Un raisonnement de fou

    Quiconque vilipende les privilèges de l’oligarchie, la vénalité croissante des classes dirigeantes, les cadeaux faits aux banques, le libre-échange, le laminage des salaires au prétexte de la concurrence internationale se voit taxer de « populisme » (1). Il fait, ajoute-t-on, « le jeu de l’extrême droite ».

    Aussi, quand la justice new-yorkaise refusa de concéder un traitement de faveur au directeur général du Fonds monétaire international (FMI), accusé de viol dans un hôtel de luxe de Manhattan, un commentateur au diapason de la caste dirigeante française, politique et médiatique, s’offusqua de la « violence d’une justice égalitaire »… Il ajouta presque mécaniquement : « La seule chose dont on soit certain est que les sentiments anti-élite alimentés par ce scandale vont accroître les chances du Front national de Marine Le Pen lors de la prochaine élection (2). »

    Protéger les « élites » et leurs politiques face à une foule de gueux en colère est ainsi devenu une forme d’hygiène démocratique… La crainte de l’islamisme en Tunisie avait favorisé le régime prédateur de M. Zine El-Abidine Ben Ali ; celle du « marxisme », les victoires de M. Silvio Berlusconi en Italie. La même mécanique mentale pourrait permettre qu’au nom de la peur (légitime) du Front national toutes les politiques auxquelles celui-ci s’oppose deviennent ipso facto sacralisées afin d’éviter « un nouveau 21 avril ». Le peuple se rebiffe contre un jeu politique verrouillé ? On lui réplique que les protestataires sont des fascistes qui s’ignorent.

    Laisser s’installer une telle camisole de force intellectuelle constituerait une folie politique. Car l’extrême droite française a mesuré que sa vieille idéologie thatchérienne, sa haine des fonctionnaires et son poujadisme fiscal ont été disqualifiés par le creusement des inégalités sociales et par la dégradation des services publics. Elle n’hésite donc plus à récupérer des thèmes historiquement associés à la gauche. Il y a vingt-cinq ans, M. Jean-Marie Le Pen célébrait le régime de Vichy, les généraux félons de l’Algérie française, et il jouait des coudes pour se faire photographier en compagnie de Ronald Reagan. Sa fille, elle, n’hésite pas à citer le général de Gaulle, à évoquer la Résistance et à proposer la renationalisation de l’énergie et des télécommunications (3). Le fond de sauce xénophobe n’a pas changé, mais ces sentiments-là sont suffisamment installés dans la société et légitimés par le pouvoir pour que désormais l’essentiel du travail de propagande de l’extrême droite se porte ailleurs.

    La responsabilité de cette captation d’héritage n’incombe pas seulement à la gauche institutionnelle, embourgeoisée et acquise à la mondialisation libérale. La faiblesse stratégique de la « gauche de gauche », son incapacité à unir les chapelles qui la composent jouent aussi un rôle dans cet engrenage.

    Combattre l’extrême droite, ce n’est assurément pas prendre le contre-pied des thèmes progressistes que celle-ci récupère (et dévoie), mais offrir un débouché politique à une population légitimement exaspérée. A l’écart des deux principaux partis espagnols, les manifestants de la Puerta del Sol ont-ils réclamé autre chose ?

    Serge Halimi

    Le Monde Diplomatique


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