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  • Sud-Ouest-Dimanche, 25 mars 2018

    Les sentinelles du désastre

    Bloqué jeudi à Paris par cette journée de grève et de défilés, j’ai surtout pensé aux professions qu’une logique pressure et, à la limite, démolit peu à peu. Je pense bien sûr aux infirmières, aux aides-soignantes et à ces milliers de femmes qui tiennent à bout de bras les établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Certes, je n’ai pas oublié les autres catégories sociales, mais celles-là sont emblématiques de ce qu’il faut bien appeler une pathologie de la rentabilité.
    Comment parviennent-elles à tenir le coup ? Quel courage les habite pour, jour après jour, veiller sur les personnes âgées dont elles ont la charge en étant obligées de compter les minutes, voire les secondes. Toilette, ménage de la chambre, soins, rangement... Ces sentinelles du désastre sont au bord de l’épuisement et du désespoir. Elles sont emblématiques d’une fracture effarante.
    Seuls les myopes volontaires oublient de prendre la mesure du gouffre qui s’accroit aujourd’hui entre le monde des décideurs et commentateurs (dont nous faisons partie) et ceux qu’on appelle, avec une once de dédain, les « classes populaires ». Entre ces deux univers, la distance approche aujourd’hui du point de rupture. Tandis qu’on disserte à l’infini sur les chances de Tartempion à telle élection partielle, pendant qu’on fait doctement l’exégèse du énième sondage, ou que l’on compte sur ses doigts le nombre de manifestants dans un défilé, un immense frisson traverse la France entière. Il est chargé d’humiliations refoulées, d’injustices ravalées, d’épuisement conduisant au « burn-out ».
    Une telle barbarie sociale est imposée par une arithmétique comptable sottement appliquée. Elle apparaît plus inimaginable encore quand on la rapproche d’autres données chiffrées. Veut-on un exemple ? Ces dernières semaines nous avons appris que les profits engrangés par les entreprises du CAC 40 avaient augmenté de 26,5 % en 2017 et battu un record : cent milliards d’euros ! Du jamais vu depuis 2007. Mais ce chiffre reste abstrait. Rendons le plus concret. Il représente plus de dix fois le budget du ministère de la santé (9 milliards) ; il correspond à quatorze fois celui du ministère de la justice (7 milliards) et presque trois fois celui de la Défense nationale (34,2 milliards).
    Les privilégiés sont hyper-riches, les états sont pauvres. Ce n’est pas tout. Un champ de bataille est négligé, celui du langage. Si les citoyens n’écoutent plus les discours ; s’ils boudent l’homélie répétitive des grands médias, c’est — aussi — parce qu’une langue commune est en ruine. À côté des nouveaux milliardaires que les peuples accusent de leur avoir fait les poches, ont pris place leurs complices : les voleurs de mots. Dans une démocratie d’opinion, le langage et le vocabulaire deviennent des lignes de front. C’est là qu’il faudrait monter la garde.
    Les exemples ne manquent pas : la façon dont le mot « populisme » a été transformé en arme de dissuasion massive contre les peuples ; le tour de bonneteau qui a permis de remplacer le mot « capitalisme » par celui, moins répulsif, de « libéralisme » ; la formule « cercle de la raison » inventée jadis par Alain Minc pour faire croire aux citoyens que les marchés étaient plus raisonnables que les élus, etc. Ajoutons les risibles éléments de langage fournis aux ministres en exercice et qui transforment ces derniers en robots radoteurs de la « Guerre des étoiles ».
    Au mot gouvernement, on préfère celui de « gouvernance » ; à la réglementation, on a substitué la « régulation » ; quant à la volonté politique elle se voit rebaptisée « volontarisme ». Ces trois mutations terminologiques ont été benoîtement acceptées par tous, à droite comme à gauche. Misère ! Elles surdéterminent le patois politique ordinaire. De cette façon, par le truchement du langage, on peut désarmer en douceur n’importe quelle démocratie. Comment ? En l’empêchant mentalement de résister au despotisme irréfléchi du marché.
    Au secours !

    Jean-Claude Guillebaud


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  • à écouter à partir de 15mn50

    http://www.lesconvivialistes.org/


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  • Croissance : le principe de réalité est du côté des écologistes

    Pascal Durand, Porte parole d'Europe Ecologie Les Verts, et Eva Sas, Membre du bureau exécutif d'EELV, Responsable du projet économique et social 2012

    Même révisée de 1,75 % à 1,5 %, l »hypothèse de croissance retenue par le gouvernement pour son budget 2012 est, de l'aveu même de la majorité des économistes, largement surévaluée, puisque le consensus des conjoncturistes vient de tomber sous la barre des 1%.

    A l'automne 2010, le gouvernement avait déjà présenté son budget avec une prévision de croissance surestimée : 2 % pour 2011 et 2,5 % pour 2012. L'INSEE vient de confirmer que la croissance des deuxième et troisième trimestres était quasiment nulle, rendant définitivement inatteignable l'objectif affirmé initialement par le gouvernement pour 2011.

    Quant au projet du parti socialiste, il table sur une croissance fixée arbitrairement à 2,5% sans jamais préciser comment il y parviendra.

    Cette surestimation systématique de la croissance à venir est le symptôme d'une société qui ne sait plus vivre ou résoudre les questions sociales ou budgétaires sans la référence à une croissance mythifiée.

    Cette attente illusoire, destinée à rassurer marchés, acteurs sociaux et économiques, ne permet pas de prendre les bonnes décisions politiques. Au lieu de s'illusionner sur le retour de la croissance et l'augmentation mécanique des recettes fiscales qui devraient en découler, la responsabilité politique voudrait que soient prises des mesures plus efficaces et plus justes, par un retour à la progressivité de l'impôt et la réorientation des dépenses publiques.

    Le philosophe Hans Jonas pensait que nous devions construire au XXIème siècle une « éthique de l'incertitude ». Nous, écologistes, pensons que cette éthique doit s'appliquer aussi aux prévisions politiques et budgétaires. Plutôt que de tabler sans cesse sur des prévisions irréalistes, la responsabilité consiste aujourd'hui à admettre que personne n'est, dans le contexte économique mondial, capable de maitriser la réalisation d'objectifs de croissance en France, ni même de les prévoir raisonnablement.

    Le réalisme consiste à travailler a minima plusieurs scénarios de croissance, au-delà des seules variantes à 0,5 % qu'envisage timidement Bercy, à en estimer les conséquences sur les équilibres budgétaires, sur l'emploi et sur le pouvoir d'achat pour que le débat démocratique puisse avoir lieu.

    Le réalisme serait surtout de construire un modèle économique qui résiste aux variations conjoncturelles. Un modèle qui ne se donne pas pour finalité la recherche de la croissance, mais bien d'améliorer au quotidien la vie des françaises et des français. Car quel est le but de notre économie, est-ce d'augmenter le PIB, les revenus et le patrimoine des plus riches ou est-ce d'aider à créer des emplois, à répartir équitablement les efforts de solidarité, de permettre aux plus défavorisés d'entre nous de vivre décemment ?

    Le réalisme, enfin, serait d'anticiper, au-delà des seules prévisions budgétaires, l'impact de ces scénarios économiques sur la raréfaction des ressources fossiles, sur le prix de l'énergie et des matières premières, sur la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour enfin coupler nos objectifs de création d'emplois et de diminution de notre empreinte écologique.

    Car à force de dissocier objectifs environnementaux et objectifs économiques, les gouvernements successifs mènent des politiques incohérentes et irréalistes, ignorant les contraintes auxquelles leurs volontés de relance économique se heurtent inexorablement, à commencer par l'augmentation du prix du pétrole et celui des matières premières.

    Le réalisme, aujourd'hui, est bien du côté des écologistes.

    rue89.com


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  • A écouter: l'intervention de Frédéric Lordon (4 min 30 après le début)


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  • Une commission parlementaire sur les mécanismes de la spéculation rend ses conclusions. Pour éviter une nouvelle débâcle financière, il faut, dit ce rapport, mettre fin à l'économie casino.

    Cette commission d’enquête a été créée au printemps, à l’initiative de la gauche au moment de la crise grecque. L’idée est de faire le tri entre la finance utile et la finance casino. Après plusieurs mois d’audition, le constat est édifiant, mais droite et gauche sont d’accord : avec 700 000 000 000 000 $ (sept cent mille milliards de $) soit 10 fois la somme de tous les PIB mondiaux, la finance est déconnectée de l’économie réelle. Au-delà de ce constat, les 34 propositions de ce rapport ne manquent pas d’ambition sur la régulation des changes ou sur l’interdiction de certaines pratiques à risque. Mais comme toujours dans ce domaine, on se demande bien qui pourra et surtout qui voudra les faire appliquer. Ce rapport met l’accent sur les effets délétéres qu’a eu une directive européenne de 2004 sur les marchés financiers. Mise en place pour encourager la concurrence entre les places de marchés, cette directive a entraîné la création de plates-formes d’échanges totalement opaques, qu’on appelle d’ailleurs les « dark pool » de la finance (les piscines noires). Aujourd’hui on estime que la moitié des transactions financières passent par ces dark pool non régulés et donc non contrôlables. Qualifiée de « tragédie », cette directive devrait être modifiée cette année, a promis le commissaire européen Michel Barnier. Mais au final, « nos propositions ne sont-elles pas comme la Ligne Maginot ? » s’interroge en conclusion le rapporteur Jean-François Mancel. «  On cherche a évité la dernière crise, mais elle a déjà eu lieu. Avons-nous la capacité à imaginer la prochaine crise ? » Une certitude en tout cas, pour tous les membres de cette commission d’enquête, la prochaine crise aura bien lieu.

    Marie Viennot, France Culture, 21/12/2010


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  • C'est la Quinzaine du commerce équitable, avec de nombreux évènements dans toute la France.

    Quinzaine du commerce équitable


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