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  • Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Tant de processions, tant de têtes inclinées
    Tant de capuchons tant de peur souhaitées
    Tant de démagogues de Temples de Synagogues
    Tant de mains pressées, de prières empressées

    Tant d'angélus
    Qui résonnent
    Et si en plus
    Y'a personne

    Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Il y a tant de torpeurs
    De musiques antalgiques
    Tant d’ante-douleurs dans ces jolis cantiques
    Il y a tant de questions et tant de mystères
    Tant de compassions et tant de revolvers

    Tant d'angélus
    Qui résonnent
    Et si en plus
    Y'a personne

    Arour hachem, Inch Allah
    Are Krishhna, Alléluia

    Abderhamane, Martin, David
    Et si le ciel était vide
    Si toutes les balles traçantes
    Toutes les armes de poing
    Toutes les femmes ignorantes
    Ces enfants orphelins
    Si ces vies qui chavirent
    Ces yeux mouillés
    Ce n'était que le vieux plaisir
    De zigouiller

    Et l'angélus
    Qui résonne
    Et si en plus
    Y'a personne

     

    Et l'angélus
    Qui résonne
    Et si en plus
    Y'a personne


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  • "Peut-on arriver à un pacte entre les médias pour ne pas divulguer les photos des tueurs ? Il faut les rendre anonymes." Fethi Benslama

    Voir aussi:

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/18/fethi-benslama-les-medias-ne-devraient-pas-publier-les-photos-du-tueur-de-nice_4971486_3224.html


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  • Interview Par Sonya Faure 27 mars 2016

    «Faire de l’islam l’ennemi absolu, c’est organiser le marketing de Daech»

    Depuis le 13 Novembre, l’état d’urgence restreint les libertés publiques, sans grand résultat pour notre sécurité. Le gouvernement devrait utiliser les salafistes dans la lutte contre le djihad, plutôt que les poursuivre.

    L’état d’urgence et les mesures sécuritaires exceptionnelles nous protègent-ils efficacement du terrorisme ? Non, selon le philosophe et sociologue Raphaël Liogier, pour lequel nous avons gagné la restriction de nos libertés, sans la sécurité. L’auteur de La Guerre des civilisations n’aura pas lieu (CNRS Editions) dessine pour Libération ce que pourrait être une politique sécuritaire efficace.

    Attentat après attentat, la même question revient : faut-il encore monter d’un cran la sécurité, au risque de rogner nos libertés ?

    Cessons d’opposer l’exigence de sécurité et le respect des libertés publiques. En des temps effectivement troublés, on pourrait opter pour des mesures efficaces en matière de sécurité – moi aussi, je veux que mes enfants aillent à l’école sans risquer leur vie  – sans pour autant remettre en cause les droits de l’homme. Le problème, depuis le 13 novembre, c’est qu’on a les restrictions des libertés, sans la sécurité. (Photo DR)

    Pourquoi les mesures prises jusqu’ici ont-elles échoué, ­selon vous ?

    Le gouvernement, et il n’est pas le seul, met en scène la «guerre des identités» pour donner l’impression aux populations angoissées qu’il fait quelque chose. On l’a vu avec le débat sur la déchéance de la nationalité. Il concentre aussi toutes les mesures sécuritaires – perquisitions, surveillance, assignations à résidence  – sur des mosquées ou des personnes liées à l’islam fondamentaliste. C’est une solution de facilité, qui diffuse une idée fausse : il y aurait un lien de causalité nécessaire entre la radicalisation religieuse et le jihadisme. Or, nous savons que ces mosquées salafistes et leurs représentants, comme Abou Houdeyfa [l’imam de Brest, dont les prêches connaissent un grand succès sur Facebook et pour lequel «la musique fait naître le mal», ndlr], sont eux-mêmes dans le viseur de Daech ! Contrairement aux jihadistes, ces fondamentalistes sont focalisés sur la vie quotidienne et les mœurs, ils sont complètement dépolitisés. En concentrant la lutte antiterroriste contre eux, le gouvernement ne vise pas les bonnes personnes ni les bons espaces.

    La preuve avec les attentats de Bruxelles : selon les premières informations policières, les kamikazes étaient connus pour des faits de grand banditisme, pas pour un parcours de radicalisation religieuse. En résumé : non seulement le gouvernement ne vise pas les bons suspects, mais en faisant de l’islam l’ennemi absolu, il organise le marketing de Daech, vers qui se tournent les désaxés, comme on l’a vu devant un commissariat de Barbès, à Paris, en janvier, les désocialisés ou les membres du banditisme reconvertis. La «guerre des civilisations», c’est exactement la vision du monde que promeut Daech.

    Le terrorisme n’aurait donc rien à voir avec la religion ?

    Je ne dis pas cela. Je ne cherche pas à dédouaner l’islam, ni à faire de l’angélisme. Mais je pense que le jihad n’est plus, aujourd’hui, le résultat d’un processus de radicalisation religieuse progressive qui mènerait du salafisme vers le jihadisme. Les «longues barbes», qui cherchent à ressembler aux Bédouins du VIe siècle, sur lesquels les services de police concentrent leur surveillance, peuvent bien sûr être inquiétants dans leur rapport aux mœurs ou leur communautarisme. Mais ce ne sont pas les prêches qu’ils écoutent qui mènent au terrorisme. Pour le gouvernement, il est confortable de favoriser la confusion. D’abord, je l’ai dit, parce que ça permet de montrer qu’on fait quelque chose. Mais aussi parce que la radicalisation religieuse était effectivement le modèle du jihadisme des années 90. Un phénomène qu’on a déjà connu, plus facile à repérer, ça rassure. A l’époque, les terro­ristes étaient liés à l’islamisme : ils avaient une vision politique de l’islam finalement proche de l’extrême gauche : une logique révolutionnaire d’intervention armée, anticapitaliste, qui voulait changer la société. Les «têtes pensantes», comme les petits soldats de ce jihad, s’étaient plongées aux racines de l’islam. Mais dans les années 2000, deux phénomènes distincts sont apparus – qui peuvent parfois se recouper. D’un côté, un fondamentalisme extrême des mœurs, celui des femmes intégralement voilées par exemple. Une démarche radicale mais dépoli­tisée, individualiste et non prosélyte : si elles optent pour un tel mode de vie, c’est justement pour se distinguer des autres.

    De l’autre côté, des jeunes issus des quartiers, de milieux peu religieux, qui n’ont pas accès à l’arabe classique. Ils sont excités par ce qu’on leur présente comme une guerre des identités, pas par la théologie. Ce sont eux, les clients potentiels de Daech. Dans un deuxième temps seulement, ils construisent une «religion du jihad», à l’aide de ce que leur proposent les hauts responsables de Daech. Ceux-là, des anciens d’Al-Qaeda, détiennent une vraie culture religieuse, et manipulent une chair à canon souvent issue du petit caïdat. Quant aux milieux salafistes, il faudrait les utiliser dans la lutte contre les jihadistes au lieu de les poursuivre.

    C’est-à-dire ?

    En les mettant en garde à vue ou en les assignant à résidence pour «faire du chiffre», les services de police se privent d’informateurs. Car, si ce n’est pas l’intensification des pratiques qui mène progres­sivement vers le jihadisme, les jeunes tentés par le jihad peuvent, en revanche, fréquenter une mosquée salafiste à un moment ou à un autre de leur parcours, pour se donner une posture, chercher quelques points de doctrine. En ciblant ces milieux, la police se prive donc d’un véritable réseau d’information au cœur du milieu musulman.

    Sécurité et libertés ne s’opposent pas immanquablement, selon vous. Quelle serait alors une politique efficace du point de vue de la sécurité et respectueuse de nos droits fondamentaux ?

    Ce serait une politique qui commence par coordonner les renseignements policiers et militaires à l’échelle de l’Union européenne. Si nous sommes en guerre, alors il faut commencer par être plus discrets, et ne plus nourrir les discours de Daech, en faisant de grands moulinets avec les bras à la manière de Manuel Valls. Il faut cesser d’envenimer la situation en affirmant qu’antisionisme vaut antisémitisme. Sinon, c’est toute une partie de la population française s’identifiant aux Palestiniens qui va donner plus de crédibilité au «complot juif». Il faut cesser de perquisitionner et d’assigner à résidence les représentants, certes fondamentalistes, d’une ­religion, sans preuves solides, comme le permet l’état d’urgence.

    http://www.liberation.fr/


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  • La stratégie de Daech pour miner l’Occident de l’intérieur

     

    Dans un cocktail étonnant de professionnalisme et d’amateurisme, la mouvance terroriste déploie ses opérations par le biais de petites cellules djihadistes disséminées dans les pays dits « croisés ».

     

    C’est un pavé de 1600 pages, diffusé sur le Web dès 2004 et que certains experts qualifient de « Mein Kampf du djihadisme ». Intitulé l’Appel à la résistance islamique globale et sous-titré Votre guide sur le chemin du djihad, il a des airs de méthode Assimil ou de topo de formateurs en entreprise.

    Son auteur, l’Hispano-Syrien Abou Moussab al-Souri (« le Syrien »), un ingénieur ancien cadre d’al-Qaida, y décrit ce qui semble être aujourd’hui le plan de bataille de l’État islamique (EI) : une stratégie de conquête étonnamment moderne, à la fois pragmatique et souvent délirante, dont l’outil principal est la provocation. Décryptage.

    Un système collaboratif

    Dans son « appel », al-Souri, djihadiste de la première heure, tire les leçons des erreurs du passé. Al-Qaida était une organisation pyramidale qui a pâti de la mort ou de l’emprisonnement de ses leaders ? Il élabore un système fondé sur des petites cellules installées dans les pays « croisés », occidentaux. Celles-ci regroupent des djihadistes qui adhèrent à un même corpus de croyances, sont engagés sous une même bannière, mais qui n’appartiennent pas à une organisation à proprement parler. Pour reprendre le jargon des ressources humaines, al-Souri propose un management en réseau plutôt que vertical.

    L’ingénieur conseille également de combiner local et global : un djihad global sur un territoire où est menée la guerre sainte, qu’il nomme le « front ouvert » – aujourd’hui la zone contrôlée par Daech, à cheval entre la Syrie et l’Irak – et un djihad individuel mené au cœur des pays occidentaux. Le front ouvert fournit le matériel, des camps d’entraînement et, s’il le faut, une zone de repli à des individus qui, eux, mènent des actions dans leur pays de résidence grâce aux possibilités d’« autoformation » qu’offre aujourd’hui le Web.

    L’initiative spontanée valorisée

    « Chaque brigade se forme elle-même, choisit sa cible seule et l’attaque, puis revendique l’action auprès des médias », écrit al-Souri. Celui-ci encourage même la compétition entre les groupes, les priant de bien tenir le compte des actions menées, le nombre des martyrs tombés par exemple, afin de favoriser l’émulation… Une stratégie qui expliquerait le cocktail étonnant de professionnalisme et d’amateurisme constaté lors des opérations passées, ceux qui se décident à agir n’étant pas forcément les « meilleurs » éléments de la mouvance. Comme lorsqu’en août dernier un terroriste a voulu mitrailler les voyageurs d’un train Thalys, avant d’être maîtrisé rapidement par des militaires américains en vacances.

    Qu’importe les ratés, l’objectif est de déstabiliser le pays choisi, grâce à la multiplication de ce type d’action, par capillarité. « Il s’agit de transformer des initiatives prises, dans le passé, de façon spontanée en un phénomène qui devienne alors la lutte de l’ensemble de l’oumma (la communautés des croyants musulmans, NDLR) et non pas celle d’une simple élite », écrit al-Souri.

    Le principal objectif de ce « djihad de proximité », selon l’expression du politologue Gilles Kepel, est de provoquer des représailles : faire monter une islamophobie massive qui inciterait en réaction les musulmans à se soulever contre le reste de la population. L’ambiance de guerre civile ainsi créée faciliterait la conquête du territoire. « Dans la classification de Souri, ces attentats à caractère dispersé appartiennent à une première phase, qu’il nomme “guerre d’usure” et dont le but est de déstabiliser l’ennemi. Une deuxième, celle de “l’équilibre”, voit les cellules attaquer systématiquement l’armée ou la police, en pourchasser et exécuter les chefs, s’emparer des zones qu’il est possible de libérer. Pendant la troisième, la “guerre de libération”, les cellules se basent sur les zones libérées pour conquérir le reste du territoire, tandis que derrière les lignes ennemies continuent assassinats et attentats, qui achèvent de détruire le monde de l’impiété », écrit Gilles Kepel dans son livre Terreur et martyre, relever le défi de civilisation (Flammarion).

    L’instauration d’un califat

    D’autres écrits confirment cette stratégie sur le long terme. C’est le cas de Gestion de la barbarie, publié sur le Web en 2004 et dont l’auteur, Abu Bakr Naji, ancien cadre d’al-Qaida lui aussi, décrit avec précision les phases nécessaires à l’instauration d’un califat islamique dans le pays visé : une série d’actions d’intensité croissante finissent par décrédibiliser l’État central, qui en vient à délaisser des zones entières de son territoire pour concentrer ses forces sur des points stratégiques.

    Livrés à la loi de la jungle, la « barbarie » du titre, les populations abandonnées se laissent plus facilement contrôler par les djihadistes et finissent même par accepter l’instauration de la charia, promesse d’ordre dans le chaos.

    La prophétie apocalyptique

    Mais l’apparente rationalité de ces textes ne doit pas faire oublier la folie djihadiste. À cette stratégie de conquête s’ajoute une propagande intense autour de l’apocalypse. Au centre du discours eschatologique de Daech, il y a Dabiq, une petite ville syrienne proche de la frontière turque, au nord d’Alep. Le nom de cette ville est connue de tous les djihadistes. C’est même le titre de leur principal magazine de propagande en anglais. C’est là où devrait se jouer la scène la plus importante de l’apocalypse, selon certaines traditions relatives aux actes et aux paroles du prophète Mahomet (hadiths) : la bataille du Jugement dernier entre les musulmans et les « roums », les Byzantins et les chrétiens. Aujourd’hui, de nombreux combattants de Daech sont convaincus que cette bataille aura lieu et qu’elle verra la victoire des musulmans sur les « roums ».

    Et là encore, la stratégie vis-à-vis des Occidentaux est la provocation : il s’agit de pousser leurs armées à intervenir sur le terrain. Le journaliste et ancien otage de Daech Nicolas Hénin raconte ainsi dans son livre Jihad Academy (Fayard) que la plupart des djihadistes de l’EI ont accueilli la nouvelle des bombardements occidentaux avec joie : pour eux, cela prouvait que la prophétie était en train de s’accomplir.

    Que faire alors pour contrer cette stratégie ? Se garder sans doute de deux attitudes : croire que Daech ne serait qu’un phénomène irrationnel, sans stratégie, une organisation de fous furieux ; ensuite, prétendre au contraire qu’il planifie tout sur le très long terme. La vérité est entre les deux. Or, choqués par les attentats, nous avons tendance à ne plus penser le phénomène djihadiste. « Il y a une sorte de fascination pour leur propagande. Nous sommes happés, sidérés par leurs vidéos, comme devant un film d’horreur. Il nous faut sortir du mythe et toujours revenir à la réalité », explique Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak.

    Il faut aussi lutter contre leur vision du monde. « Au centre de celle-ci se trouve la croyance selon laquelle les autres communautés ne peuvent pas vivre en harmonie avec les musulmans », écrit Nicolas Hénin dans une tribune publiée dans The Guardian le 19 novembre. Et de conclure : « Nous devons impérativement rester forts et résilients, puisque c’est ce qu’ils craignent. Je les connais : nos bombardements, ils les attendent. Ce qu’ils craignent, c’est notre unité. »


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  • « L’Etat islamique a un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique »

    Le Monde 21 11 2015

     

    Après les attentats meurtriers du 13 novembre, revendiqués par l'organisation Etat islamique (EI), la France et, plus largement, les Occidentaux doivent-ils repenser les liens qu'ils entretiennent avec l'Arabie saoudite et le Qatar ? Une tribune de l'écrivain algérien Kamel Daoud, publiée (en anglais et en français) par le quotidien américain The New York Times et largement partagée sur les réseaux sociaux, vient alimenter le débat.

    Dans cette tribune, Kamel Daoud, lauréat du Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête et chroniqueur au Quotidien d'Oran, affirme que l'Arabie saoudite n'est qu'un "Daech [acronyme arabe de l'Etat islamique] qui a réussi".

    "Daech noir, Daech blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. (...) On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultrapuritain dont se nourrit Daech."

    Pour Kamel Daoud, visé par une fatwa et qualifié d'"ennemi de l'islam" en Algérie, l'Arabie saoudite est le principal "mécène idéologique de la culture islamiste". Il dénonce notamment "l'immense pouvoir de transformation de télévisions religieuses" et de certains journaux islamistes sur la société. Certes, Riyad est aussi une cible potentielle de l'Etat islamique. Le groupe a déjà revendiqué plusieurs attentats perpétrés dans le royaume. Mais, pour Kamed Daoud, cette réalité paradoxale tient à l'alliance ancestrale entre la famille régnante et le clergé : "Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime", écrit-il.

    Pour lutter contre le terrorisme, l'Occident devrait s'attaquer à la "cause" plutôt qu'à "l'effet", assure Kamed Daoud :

     

    "Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres."

     

    Depuis les attentats qui ont tué 130 personnes à Paris et Saint-Denis, d'autres voix se sont élevées pour réclamer un réexamen des relations avec l'Arabie saoudite, mais aussi avec le Qatar. Dans une tribune publiée par le Monde le 17 novembre, les deux historiens Sophie Bessis et Mohammed Harbi affirment, eux aussi, l'existence d'une filiation idéologique entre l'EI et le royaume saoudien :

     

    "Le djihadisme est avant tout l’enfant des Saoud et autres émirs auxquels [la France] se félicite de vendre à tour de bras ses armements sophistiqués, faisant fi des 'valeurs' qu’elle convoque un peu vite en d’autres occasions. Jamais les dirigeants français ne se sont posé la question de savoir ce qui différencie la barbarie de Daech de celle du royaume saoudien. On ne veut pas voir que la même idéologie les anime.

    Exigeons que la France mette un terme à ses relations privilégiées avec l’Arabie saoudite et le Qatar, les deux monarchies où l’islam wahhabite est la religion officielle, tant qu’elles n’auront pas coupé tout lien avec leurs épigones djihadistes, tant que leurs lois et leurs pratiques iront à l’encontre d’un minimum décent d’humanité."

    Salafisme "quiétiste"

     

    Ce débat sur les liens idéologiques entre l'Arabie saoudite et l'EI rejoint celui sur l'expansion du salafisme en France. Après les attentats, le gouvernement a pointé du doigt ce courant, dont les racines sont en Arabie saoudite. « Oui, nous avons un ennemi, et il faut le nommer : c’est l’islamisme radical. Et un des éléments de l’islamisme radical, c’est le salafisme », a déclaré le premier ministre Manuel Valls le 18 novembre.

     

    Selon les spécialistes, la majorité des salafistes sont toutefois "quiétistes" et très critiques envers les djihadistes, qu'ils accusent de mélanger religion et politique. Les références idéologiques communes ne favorisent-elles pas toutefois la radicalisation ?

     

    « Dans les années 1990, il pouvait y avoir une forme de continuum [entre salafisme quiétiste et djihadisme], a affirmé au Monde Samir Amghar, chercheur à l’Université libre de Bruxelles. Mais lorsqu’au début des années 2000, l’Arabie saoudite s’est clairement opposé au djihadisme, cette relation mécanique n’a plus existé, Les observations de terrain montrent qu’il n’y a pas de relation de causalité. Cela n’empêche pas qu’un quiétiste puisse basculer dans la violence par déception envers le manque d’action politique. »

    Interrogé sur France Inter, le premier ministre Manuel Valls a en tout cas réaffirmé son soutien aux deux monarchies du Golfe, quelques heures avant sa rencontre avec le premier ministre du Qatar, en visite officielle en France le 17 novembre :

     

    "Le pouvoir en Arabie saoudite comme au Qatar lutte contre Daech, c'est incontestable, et je n'ai pas de raison aujourd'hui de douter de l'engagement de ces deux gouvernements. Reste la question de l'ensemble des financements [de l'EI], mais au Moyen-Orient les choses sont très compliquées."

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/11/21/letat-islamique-a-un-pere-larabie-saoudite-et-son-industrie-ideologique/


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