• La post-croissance contre les « grands projets »

    Le Monde.fr | 05.11.2014 à 11h46 • Mis à jour le 05.11.2014 à 11h50 | Par Luc Semal (Politiste, Maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle et membre de l’Institut Momentum)

    Aujourd’hui en France, l’équivalent d’un département français disparaît chaque décennie sous le béton et les bulldozers. Les effets n’en sont pas toujours spectaculaires à court terme, mais il est facile de comprendre qu’à ce rythme, l’artificialisation des sols constitue une sérieuse limite aux velléités actuelles d’aménagement du territoire. Cette érosion des terres agricoles et des zones naturelles s’incarne sur le terrain en une multitude de petits grignotages locaux, auxquels s’ajoutent quelques projets de plus grande envergure – ici un aéroport, là une ligne TGV, une autoroute, un barrage, etc.

    Depuis quelques années, ces grands projets d’aménagement ont motivé certains des combats les plus emblématiques du mouvement écologiste contemporain. Les mobilisations locales contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le barrage du Testet ou la ligne TGV Lyon-Turin s’inscrivent dans un mouvement plus général d’opposition à ce que les militants appellent désormais les « grands projets inutiles et imposés » (GPII). La lutte contre l’artificialisation des sols n’est pas nécessairement la motivation directe de ceux qui s’engagent dans ces conflits, mais elle contribue à conférer une cohérence et une résonance globales à ce qui ne serait sinon qu’une juxtaposition de contestations locales.

    Inutiles et imposés

    Comme le Larzac et Plogoff en d’autres temps, les luttes locales contre les GPII fédèrent des militants issus de mouvances politiques variées, qu’il serait difficile de rassembler sous une même étiquette. Des écologistes radicaux, des naturalistes amateurs, des objecteurs de croissance, des militants libertaires, des altermondialistes, des anticapitalistes et bien d’autres peuvent ainsi se retrouver aux côtés de simples riverains et d’agriculteurs locaux dans cette opposition commune au gigantisme aménageur. Sous cette diversité des profils politiques, le plus petit dénominateur commun entre ces opposants semble être de juger inutile et néfaste la fuite en avant de la logique productiviste. Par la constance de leur lutte, ils réaffirment qu’il y a des limites à l’aménagement et à l’artificialisation de l’environnement.

    Depuis les années 1970, la conviction qu’il existe des limites à la croissance est l’un des traits caractéristiques de la pensée écologiste dans le champ politique. C’est une idée profondément subversive, qui suggère de réviser de fond en comble notre imaginaire politique, aujourd’hui phagocyté par l’espoir d’une croissance salvatrice. Les autres grandes familles idéologiques ont certes reconnu la crise écologique et développé des discours sur l’environnement, mais elles peinent à reconnaître que la croissance peut ou doive un jour s’arrêter. Elles maintiennent leur conviction que le progrès technique permettra de toujours repousser la finitude des ressources et de l’espace.

    Dans la lignée de cette approche technique de l’environnement, la plupart des grands projets d’aménagement s’accompagnent aujourd’hui de mesures compensatoires qui prétendent introduire une équivalence entre une zone naturelle détruite ici et une autre restaurée là-bas. En théorie, la compensation permettrait d’enrayer l’artificialisation des sols. Mais en pratique, elle peut s’avérer contre-productive en facilitant l’obtention des dérogations nécessaires à la réalisation de ces grands projets, et en entretenant l’illusion de leur caractère écologiquement compatible. Or la compensation n’est généralement qu’un moindre mal, dont la généralisation semble une impasse logique dans un monde fini.

    Accepter la finitude du monde et la sobriété

    Dans ce contexte, les mobilisations contre les GPII sont les véritables héritières de la pensée écologiste, parce qu’elles refusent avec constance que les zones naturelles ou semi-naturelles qu’il reste en France soient sacrifiées au nom d’impératifs économiques obsolètes. Laisser entendre que ces militants luttent et meurent pour des idées est fondamentalement absurde, car ils luttent en réalité pour des causes concrètes : des zones naturelles qui continuent aujourd’hui à disparaître au nom de la croissance et du développement, quand ce n’est pas de la croissance verte et du développement durable.

    Accepter la finitude du monde, comme nous y invite l’écologie politique depuis quarante ans, signifierait plutôt choisir la sobriété en renonçant durablement à l’essentiel de ces projets d’un autre temps. Mais la chose est difficile à envisager pour des élus locaux qui se pensent souvent comme des bâtisseurs et des développeurs, comme elle est difficile à imaginer pour des dirigeants nationaux qui font du retour de la croissance leur priorité absolue. C’est une tentation quasi-faustienne : dès que la croissance ralentit, la tentation est forte de chercher à la relancer à coups de grands projets, quitte à multiplier les dérogations environnementales. À mesure que ce retour de la croissance se fera plus hypothétique, cette tentation risque de se faire de plus en plus forte.

    Tant que nos sociétés persisteront à rechercher la croissance à tout prix, la tentation sera grande de toujours bétonner un peu plus, à l’occasion de la prochaine crise, puis de la suivante, et de la suivante… et ainsi de suite. Contre cette tentation récurrente, les mobilisations anti-GPII sont parmi les seules à porter une parole divergente, qui propose d’enfin briser la spirale des sacrifices environnementaux toujours plus grands réclamés par la mystique de la croissance.

     

    Luc Semal (Politiste, Maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle et membre de l’Institut Momentum)


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  • Rassemblement ce jeudi 6 juin à 18h30 Place St Michel Paris

    communiqué du Front de gauche


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  • Le collectif veut faire barrage à la retenue de Sivens (Tarn)

    Le collectif «Sauvegarde de la zone humide du Testet» et ses 5 associations se préparent à la bataille juridique contre le projet du barrage de Sivens, sur le Tescou.

    l l y a du nouveau dans le feuilleton du projet de retenue d'eau sur le Tescou, le long de la forêt de Sivens. Ce futur barrage d'une capacité de 1-1,5 m3, qui inonderait une surface de 45 ha la vallée de Barat (dont la zone humide de 26 ha du Testet), est destiné à soutenir le débit d'étiage et l'irrigation. Un faux prétexte pour le collectif « Sauvegarde de la zone humide du Testet » qui explique que « seul 20 % du volume total de la retenue serait dévolu au soutien de l'étiage ».

    « Nous sommes sur les charbons ardents, explique Françoise Blandel. Les dossiers sont dans les administrations pour lancer l'enquête publique cet été. Le 11 mai, le conseil général a donné un avis favorable pour l'enquête, c'est dans les tuyaux. Alors que cette zone humide unique est la dernière sur le bassin versant du Tescou ».

    Le collectif, qui souhaite toujours convaincre les élus et informer le public sur le projet et sur « la tentative de passage en force », aura très prochainement une existence légale avec ses cinq associations : l'Upnet, Lisle environnement, Lisle rando, le Sepra Rabastens et Nature et Progrès.

    «Projet destructeur»

    « En tout état de cause, le collectif se prépare pour la bataille juridique, puisqu'elle semble inévitable», assure Pierre Courjault-Radé, chercheur au CNRS et membre de l'union protection nature et environnement du Tarn (Upnet).

    Le collectif renouvelle ses demandes : avoir connaissance du dossier d'enquête (des courriers ont déjà été adressés à Thierry Carcenac, le président du conseil général et à Jacques Valax, le député) ; que l'enquête publique soit déplacée au mois de septembre et qu'un échange contradictoire s'instaure entre ceux qui ont voté le projet et le collectif qui présentera ses arguments.

    « On va détruire quelque chose sans résoudre le problème, confie Christian Pince. On va dépenser 1, 1 M€ pour compenser la zone humide disparue alors qu'on va dépenser 8 M € en gros pour la détruire ! Ce projet est destructeur de l'environnement, des terres agricoles de haute valeur agronomique et onéreux. Tout cela pour maintenir, coûte que coûte, une agriculture qui ne tient compte ni des adaptations aux conditions climatiques ni de l'intérêt général pour le patrimoine écologique et environnemental que constitue la zone humide. Les remèdes sont ailleurs. » P S.

    La Dépêche du Midi, 29/05/2012

    voir l'article du Canard Enchaîné de cette semaine


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  • reportage de Télé Toulouse


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  • Notre-Dame-des-Landes : forte mobilisation contre le projet d'aéroport

    Les Echos, 17/11/2012

    Plusieurs milliers de personnes manifestent. Jean-Luc Mélenchon a estimé que l'exécutif commet «une lourde erreur» en soutenant le projet. Jean-Vincent Placé appelle, lui, Hollande à «écouter la mobilisation sur le terrain». Une position des Verts vivement critiquée par Harlem Désir.

    L'appel à manifester contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes a été entendu. Des milliers de manifestants se pressent dans ce bourg de Loire-Atlantique : «4.500 personnes dans le cortège et 13.500 si on compte l'ensemble des personnes qui se trouvent dans le secteur», a indiqué à l'AFP une porte-parole de la préfecture, précisant que ce chiffre avait été calculé sur la base du nombre de véhicules arrivés sur place. Beaucoup plus, selon les organisateurs.

    Tôt ce matin, plusieurs dizaines de voitures, sans doute arrivées dès vendredi soir, étaient déjà garées le long des routes de la zone du projet d'aéroport contesté. Des pancartes étaient posées le long de la mairie, où l'on peut lire des slogans comme «Hollande touche pas à Notre-Dame-des-Landes», «le changement c'est maintenant, l'aéroport c'est jamais», «aujourd'hui enterrement du projet Notre-Dame-des-Landes, ni pleurs ni couronnes». Un drap déroulé sur la façade du bâtiment proclamait : «Veni, Vidi, pas Vinci» (groupe auquel a été accordée la concession du projet d'aéroport).

    «Une lourde erreur», pour Mélenchon

    François Hollande et Jean-Marc Ayrault commettent «une lourde erreur» en cherchant à imposer le projet du futur aéroport de Nantes, a déclaré Jean-Luc Mélenchon, présent à la manifestation. «Le projet est absurde», a estimé le co-président du Parti de gauche en s'adressant à la presse au départ de la manifestation qui réunissait plusieurs milliers de personnes sur le site prévu pour la construction de l'aéroport.

    «Il y a un choix dicté par le nouveau gouvernement, qui est le choix du rapport de force brutal et violent», a dénoncé Jean-Luc Mélenchon.

    Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et ardent défenseur du projet «comme d'ailleurs François Hollande commettent une lourde erreur en croyant qu'il leur suffira de dire 'de toute façon il n'y a plus de recours et c'est comme ça et pas autrement' pour pouvoir régler ce qui est plus qu'un problème de projet mais qui commence à être un problème de conception de la civilisation que se font les gens de gauche», a-t-il encore déclaré. «Les gens montrent du doigt Jean-Marc Ayrault, c'est normal, c'est son projet, c'est lui qui le porte», a observé l'ancien candidat à la présidentielle.

    Rappelant la mobilisation au Larzac dans les années 19 70, M. Mélenchon a estimé que «c'est une vision du futur de la France qui commence à s'incarner ici». Vendredi, François Hollande a mis en garde les opposants au projet en insistant sur «la force du droit» dans ce dossier.

    Opposition Verts-socialistes

    Harlem Désir a vertement critiqué les Verts. Lors de son discours devant le Conseil national du Parti socialiste, le premier secrétaire a déclaré : «Un parti de la majorité gouvernementale ne devrait pas s'impliquer dans des manifestations qui prennent pour cible le Premier ministre sur un projet soutenu par les collectivités locales et leurs habitants très majoritairement.»

    «Je ne comprends pas que l'on remette en cause la participation de sa formation politique à la majorité, quand nous sommes engagés dans l'action, car nos devoirs à l'égard de la France sont bien plus grands que les petits états d'âme personnels ou les querelles de partis», a-t-il ajouté. Classant ce projet dans les «dossiers mineurs».

    Réagissant pour l'AFP aux propos de François Hollande, qui a soutenu vendredi le projet d'aéroport cher à son Premier ministre, Jean-Vincent Placé a estimé qu'il faudrait que le président «écoute la mobilisation sur le terrain». «Le gouvernement ne peut pas rester sur une position aussi figée et aussi caricaturale», a encore déclaré le sénateur écologiste.

    Pour sa part, Pascal Durand, secrétaire national d'Europe-Ecologie Les Verts, a tenté d'apaiser les tensions. Assurant : «Nous ne manifestons pas contre le Premier ministre ni le gouvernement, c'est le contraire.»

    Un projet approuvé en 2008

    Après un mois d'affrontements intenses entre les forces de l'ordre et quelque 150 squatters anticapitalistes opposants à l'aéroport, dans le cadre d'une vaste opération d'expulsion et de destruction des lieux de vie sur la zone, la préfecture de Loire-Atlantique n'a pas interdit la manifestation. Elle a indiqué vendredi qu'elle n'envisageait pas d'envoyer de forces de l'ordre sur place, afin que la manifestation se déroule sans tension.

    L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont la concession a été attribuée au groupe Vinci pour 55 ans, est destiné à remplacer l'actuel aéroport de Nantes, à partir de 2017. Le projet a été approuvé en 2008 par l'Etat, ainsi que par les collectivités locales socialistes et aussi par l'UMP. L'actuel premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes, qui s'est beaucoup engagé en sa faveur, fait désormais office de cible privilégiée des anti aéroport. Outre une importante mobilisation associative locale contre le projet, EELV, le Parti de Gauche ou le Modem s'y sont opposés.

    SOURCE AFP

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