• Neige précoce encore cette année. Des climatologues annoncent un refroidissement de l'Europe occidentale, dû aux modifications des courants marins, en raison du réchauffement global de la planète...


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  • 2010, le monde oppressé par le temps

    Les six premiers mois de l’année ont été les plus chauds depuis plus d’un siècle, mais il est trop tôt pour relier les violentes moussons asiatiques et la canicule russe au réchauffement climatique.

    SYLVESTRE HUET, Libération

    Le climat planétaire se réchauffe et produit des événements extrêmes comme la canicule russe et une mousson dévastatrice en Asie (Pakistan, Inde, Chine), démontrant une nouvelle fois, et de manière dramatique, la vulnérabilité des sociétés humaines devant les colères de dame Nature. A croire que le ciel participe au complot dénoncé par Claude Allègre.

    Les signes de la poursuite du réchauffement engagé depuis un demi-siècle sont nombreux. La température moyenne de la planète montre, selon les relevés et analyses de l’équipe de James Hansen au Goddard Institute for Space Studies (Nasa), que les six premiers mois de l’année 2010 détiennent le record de chaleur depuis cent trente ans. La hausse du niveau marin global, mesuré par satellite depuis 1992 avec une précision diabolique, se poursuit inexorablement. En cause ? La dilatation des eaux de surface du fait de leur réchauffement et la fonte des glaciers continentaux (montagnes et calottes polaires). La banquise arctique va, pour la quatrième année consécutive, passer sous la barre des 4 millions de km2 d’ici quelques jours. Alors qu’elle n’était jamais descendue sous cette limite entre 1978 et 2006, la période où nous disposons d’observations quotidiennes par satellites. Or, insiste Bernard Legras, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique, «nous ne sommes qu’au tout début du changement climatique provoqué par nos émissions de gaz à effet de serre. Il va s’amplifier de manière considérable».

    Catastrophes en série : La faute au réchauffement ?

    Prudent et pédagogue, Bernard Legras souligne qu’il est encore très difficile «d’attribuer tel ou tel événement, surtout extrême, au changement en cours. D’ici quinze ou vingt ans, cela deviendra évident». Seule la répétition accélérée des événements extrêmes signalera qu’ils trouvent l’origine de leur fréquence accrue dans le changement climatique. En revanche, les projections à plusieurs décennies montrent que les épisodes caniculaires seront plus fréquents, par exemple en Europe ou en Russie, au fur et à mesure que la température moyenne va croître. «La canicule russe de 2010 préfigure donc des événements similaires plus fréquents d’ici quelques décennies», explique-t-il.

    Pour la mousson asiatique, les désaccords entre modélisations ne permettent pas encore d’arriver à une conclusion. Si certaines simulent des moussons asiatiques plus fortes dans l’avenir, avec des épisodes très intenses plus fréquents, d’autres ne parviennent pas aux mêmes résultats. Mais, espère Bernard Legras, «les progrès des modèles à représenter les phénomènes de convection atmosphérique et la puissance accrue des ordinateurs devraient nous permettre de savoir, d’ici quelques années, quelles seront les évolutions des moussons futures».

    La canicule russe et l’intense mousson asiatique sont-elles liées 

    «Oui, répond le météorologue Christophe Cassou, du CNRS. Le blocage anticyclonique sur la Russie, la phase la Niña dans le Pacifique tropical et les températures élevées dans l’océan Indien se conjuguent pour provoquer cette mousson intense et les fortes pluies sur la Chine en contraignant la circulation atmosphérique.» Pourtant, tout n’est pas compris dans cette année 2010, très «atypique». Ainsi, les températures de surface très élevées de l’Atlantique tropical, au large de l’Afrique de l’Ouest, auraient dû provoquer une saison cyclonique exceptionnelle et une mousson africaine elle aussi très forte. Pour l’instant, ces deux phénomènes ne sont pas observés.

    Quelles leçons politiques tirer de ces épisodes climatiques ?

    La principale semble être que la vulnérabilité des sociétés aux aléas climatiques reste très élevée, voire s’accroît. L’économiste Stéphane Hallegatte, du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement, souligne que la canicule russe et ses conséquences diverses - incendies, pollution urbaine, chute de la production de céréales, mortalité en hausse dans les villes touchées - sont certes des conséquences directes de la sécheresse et des températures élevées, mais qui proviennent surtout d’une combinaison de ces facteurs naturels avec l’incapacité des sociétés à les prévenir et à y faire face. «Les incendies des tourbières autour de Moscou sont également la conséquence de leur exploitation, comme les incendies de forêts sont à relier à leur mauvaise gestion

    Au Pakistan, l’explosion démographique s’est traduite par une urbanisation anarchique dans les zones inondables et donc au désastre de millions de sinistrés. Mais, rappelle Hallegatte, «l’exemple de la gestion du cyclone Katrina à la Nouvelle-Orléans a montré que les Etats-Unis n’étaient pas capables de gérer l’évacuation de 500 000 personnes de manière correcte. Il sera difficile de diminuer la vulnérabilité aux aléas climatique créée par des évolutions démographiques et économiques non maîtrisées. Même un pays riche comme la France n’arrive pas à s’interdire la construction en zones dangereuse et inondable. Il va y avoir une aide internationale d’urgence au Pakistan, mais on est incapable de développer une politique de prévention réelle. Les catastrophes vont donc se succéder…»

    La chute de la production de blé russe fait dire à l’agronome Bernard Seguin, de l’Institut national de recherche agronomique, que les analyses du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sont peut être trop optimistes sur ce point. «Les prévisions d’augmentation des rendements agricoles en Russie sont fondées sur les températures moyennes et la teneur accrue en gaz carbonique. Mais elles ne tiennent pas compte de l’impact des années de sécheresse et de canicule.»

    Stéphane Hallegatte rappelle que les épisodes de sécheresse en 2003 en Europe de l’Ouest, puis en 2007 en Australie ont joué un rôle important dans l’envolée des prix du blé et la crise alimentaire qu’elle a déclenchée. La question agricole met en lumière les connexions entre climat et géopolitique : «La hausse brutale du prix du blé sur les marchés internationaux à la suite de la décision du Kremlin d’interdire l’exportation montre que ce sont des populations parmi les plus pauvres et pas directement touchées par l’événement climatique qui risquent d’en payer le prix le plus élevé. Cette exportation du choc climatique à longue distance montre à quel point la dépendance au marché international dans laquelle les politiques actuelles plongent certains pays pauvres peut se révéler dangereuse pour eux-mêmes et pour la stabilité des relations internationales.» Surtout, insiste l’économiste, il faut se garder d’une vision abstraite du marché des denrées agricoles. La plupart des pays pauvres ne peuvent réagir à une hausse brutale des prix en réduisant leur consommation - obéissant ainsi à la théorie libérale en vigueur - sauf à mettre en péril la santé ou la survie des populations.

    Alors que les négociations de la Convention climat de l’ONU se traînent, Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du Giec, se demande : «Combien d’événements extrêmes de ce type faudra-t-il pour que les gouvernements comprennent que l’urgence est là ? Il y a un décalage entre la réalité climatique, la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre, et des dirigeants qui ont une vision très court-termiste de leurs responsabilités."


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  • Bilan carbone : les Français loin du compte

    Laure Noualhat, Libération, 13 août 2010

    Bonne nouvelle : en dix-sept ans, les émissions de CO2 de la France n’ont pas augmenté. Mauvaise nouvelle : elles n’ont pas baissé non plus. Début août, le Commissariat général du développement durable a livré l’empreinte carbone de la France pour 2007 (il faut deux ans pour consolider les données). Les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, ainsi que les ménages ont émis 439 millions de tonnes de CO2, soit une tonne de plus qu’en 1990.

    Pour la première fois, l’étude intègre les émissions liées au commerce extérieur. Les importations représentent 42% de l’empreinte carbone française de 2007, soit 230 millions de tonnes de CO2 tandis que les exportations ne comptent que pour un quart du bilan carbone du pays.

    A y regarder de plus près, l’étude montre que jusqu’en 2000, les émissions de CO2 du pays ont augmenté. «Normal, durant ces années, il n’existait guère de politique d’efficacité énergétique, confie Michèle Pappalardo, commissaire générale au Développement durable. Pour atteindre le facteur 4 [la division par 4 des émissions de CO2 de la France d’ici à 2050, ndlr], il faut des politiques encore plus vigoureuses.» Les données récoltées après le Grenelle - en 2007 - sont indisponibles…

    Il n’empêche : avant le fameux Grenelle, les premières politiques énergétiques portent timidement leurs fruits. Si bien qu’en 2007, on constate que les émissions de l’industrie baissent de 10%. En revanche, celles des services et des transports augmentent, comme celles des ménages (chauffage et voitures), lesquelles représentent 30% des émissions nationales.

    La France est donc victime du «syndrome de la fille partie faire les soldes» : en gros, plus on économise, plus on consomme ! Même si le pays améliore l’efficacité de son système de production, ses efforts sont annulés en cas de forte croissance de la production et de la consommation.

    Ainsi, depuis vingt ans, les ménages français ont beau s’offrir des voitures plus légères et moins énergivores, cela ne sert à rien s’ils roulent plus avec. Ou en ont plus qu’avant. «Il faut persévérer, insiste Michèle Pappalardo. Il faut s’habituer à faire des économies, ne serait-ce que pour anticiper le renchérissement des énergies.» Il faut surtout redoubler d’efforts si l’on souhaite réduire de 80% nos émissions de gaz à effet de serre, et non les maintenir au niveau de 1990.


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  • Dans le nord du Groenland, un bloc de glace de plus de deux fois la taille de Paris s'est détaché d'un glacier polaire, le glacier Petermann, situé à environ 1000 km au sud du Pôle Nord.

    Le détachement de l'iceberg a fait perdre à peu près un quart de sa taille au glacier Petermann qui mesure 70 kilomètres de long. La NASA a pu obtenir des images satellitaires.

    L'Arctique n'avait pas perdu une telle masse de glace depuis 1962, d'après Andreas Muenchow, professeur à l'université de Delaware (côte Est des États-Unis).

    L'eau douce contenue dans cet iceberg pourrait «alimenter l'ensemble du réseau public d'eau potable américain pendant 120 jours», poursuit le chercheur américain.

    La calotte glaciaire du Groenland est le plus grand réservoir d'eau douce de l'hémisphère Nord.

    Quantifier les variations de volume de la banquise et des calottes glaciaires est la mission du satellite européen Cryosat-2 de l'ESA lancé en avril 2010.


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  • Bidoches ou voitures, dilemme climatique...

    Boire ou conduire, il faut choisir (pour sauver des vies). Mais pour lutter contre le réchauffement climatique, c'est entre bouffer des steaks tartare et conduire qu'il faudrait choisir. A l'occasion de la Loi de modernisation agricole (LMA), Yves Cochet avait proposé un amendement sympa, une journée sans viande par semaine. Dans les cantines, les restaurants d'entreprise, et pourquoi pas dans les restaurants tout court, on aurait pu dire: vendredi, c'est veggie. Bien sûr, jérémiades du Comité d'information sur les viandes (CIV), de députés aux circonscriptions bourrées d'éleveurs et des anti-écolos en général. Et pourtant, pourtant, ... D'après l'Association végétarienne de France, se priver de produits animaux un seul jour par semaine, c'est supprimer 5 millions de véhicules des routes de France. Démonstration.

    Laure Noualhat, Libération


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  • La compensation carbone ou comment s’acheter une bonne conscience

    Par Renaud Bettin, Chargé de programme Co2 Solidaire lexpansion.com

    La compensation carbone à la cote, du chocolat aux Grands Prix de F1, en passant par le papier toilette ou le Vatican. Une mode qui frise le cynisme environnemental.

    La compensation carbone relève bien souvent plus d’une stratégie de communication que d’une action authentique, et envoie un signal inquiétant qui laisserait entendre sans équivoque que tout impact sur le climat peut être annulé par cette voie.

    Mais cette neutralité climatique de façade ne traduit pas forcément un engagement concret pour le climat.

    Dans le récent ouvrage "La compensation carbone : illusion ou solution ?", Augustin Fragnière, enseignant-chercheur à l’Université de Lausanne, souligne entre autres choses l’inconsistance de la neutralité carbone comme solution affichée pour lutter contre les changements climatiques.

    Les principales critiques portent sur le fait que :

    •    La compensation carbone traduit une sorte d’impunité climatique. Or celle-ci ne saurait exister sur une planète où nous, au Nord, sommes les premiers responsables de la situation actuelle.

    •    La compensation carbone se confine à une stratégie d’affichage qui ne valorise pas les actions de réduction à la source des émissions de CO2 d’une organisation. Dans ce registre, il est possible de s’afficher neutre en carbone sans avoir consenti d’efforts de réduction !

    Les entreprises, mais aussi les opérateurs de compensation carbone, doivent être conscients que cette méthode n’est pas la seule solution aux changements climatiques. Il faut proposer une vision différente et la soumettre au débat.

    Le premier pas serait d'imposer d’avantage d’éthique en matière de
    finance carbone. Sans dénigrer un mécanisme qui propose un certains nombre de réponses, mais en s'éloignant clairement de cette logique "comptable"qui gangrène les marchés.

    Il faut également promouvoir une compensation qui dépasse la "simple dimension environnementale" pour valoriser une logique de Solidarité climatique, qui prône la cohérence de l’action (réduction à la source des émissions) et la considération de l’humain (bénéfices sociaux sur les projets soutenus). La compensation doit s’accompagner :

    - Au Nord, d’une sensibilisation à la vulnérabilité des populations du Sud face aux changements climatiques dans le but d’une réelle prise de conscience,

    - Au Sud, de bénéfices socio-économiques concrets pour les populations concernées. Car aujourd'hui, les projets inscrits dans les mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto (Mécanisme de Développement Propre – MDP, Mécanismes de Mise en OEuvre Conjointe – MOC) sont  pour la plupart exclusivement orientés vers la réduction des émissions de gaz à effet de serre sans pour autant contribuer au développement durable des pays hôtes.

    En effet, aux
    enjeux climatiques se superposent des enjeux humains, et aussi nécessaires que soient les projets purement environnementaux, les mécanismes liés à la lutte contre les changements climatiques doivent impérativement intégrer les principes du développement durable pour les populations et les territoires. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'ils sont menés dans les pays les plus pauvres de la planète. Ainsi, la compensation doit s'inscrire dans une logique de co-financement des projets de développement mis en œuvre sur le terrain. L’objectif n’est pas tant de réduire les émissions de ces pays que d’actionner le levier économique que représente la finance carbone. Celle-ci apporte en effet un complément de financement à des programmes basés le plus souvent sur l’accès et la maîtrise de l’énergie, dans une logique de développement responsable et intégré sur le long terme, non seulement pour assainir les pratiques mais aussi pour faire tendre la compensation volontaire vers une dimension plus éthique.

     Réduire ses propres émissions, qui est l'enjeu essentiel, est contraignant. Faire un chèque non. Combattre le déni de responsabilité consiste à sensibiliser nos interlocuteurs aux conditions de vie des populations du Sud et à les inciter le plus possible à réduire leurs propres émissions à la source. Il s'agit de réduire le fossé qui existe entre le Nord et le Sud et renforcer une solidarité Nord-Sud, quelle soit climatique, financière ou technique. Ce n'est pas en plantant des millions et des millions d'arbres que nous allons sauver la planète et les peuples indigènes!

    L’idéal serait de parvenir à une compensation désintéressée, où, quel que soit le volume des émissions à compenser, la qualité du projet primerait, c'est à dire ses bénéfices socio-économiques. Et se rapprocher, en quelque sorte, du mécénat...

    Voir le site de l' ONG GERES

    Voir le programme CO2solidaire

     


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  • Claude Allègre : question d’éthique

     jeudi 18 juin 2009, tribune publiée dans Politis

    Huit personnalités* du monde économique et scientifique nous rappellent certains épisodes oubliés de la carrière de celui qui est une nouvelle fois pressenti pour entrer au gouvernement de François Fillon. Édifiant !

    Les rumeurs sur la nomination de Claude Allègre à un poste éminent par Nicolas Sarkozy, ministériel ou non, ont suscité de nombreuses réticences de la part de membres de la communauté scientifique, du monde associatif, du monde de l’éducation, voire de personnalités politiques de divers bords. Lui sont reprochés non seulement ses jugements à l’emporte-pièce sur des sujets hors de sa compétence scientifique ou ses erreurs de diagnostic dans sa propre sphère de compétence, mais aussi le caractère excessif de ses propos. L’académicien affiche à l’envi une personnalité provocatrice, et réussit ainsi à se parer auprès du public d’une sorte d’aura d’anti-« langue de bois », du « parler vrai », de « sagesse populaire ». Ses livres sont lus, ses propos commentés par les médias ; bref, il fait recette auprès du grand public. Et cela est probablement la principale raison de la faveur du Prince. Qu’importe alors qu’il nie le rôle des activités humaines dans le changement climatique ou l’intérêt de désamianter Jussieu : l’essentiel n’est pas d’avoir raison et d’agir en conséquence, mais de provoquer.

     

    Il y a cependant plus grave. Car derrière ce caractère volontiers provocant, derrière ces affirmations qui choquent la grande majorité de la communauté scientifique, il y a aussi un problème de respect de la déontologie la plus commune, comme en témoigne l’affaire de la Soufrière, aujourd’hui bien oubliée, mais premier témoin des dérives dangereuses du personnage.

    Le 8 juillet 1976, le volcan de la Soufrière, à la Guadeloupe, entre en éruption : dans les jours qui suivent, une partie des populations de Saint-Claude et de Basse-Terre fuient spontanément dans la plus totale improvisation avant que, le 15 août, les autorités décident l’évacuation totale. Deux thèses s’opposaient en effet, celle d’Haroun Tazieff, alors chargé de la volcanologie à l’Institut de physique du globe (IPG), considérant que la nature phréatique de l’éruption excluait tout danger immédiat, et celle de Claude Allègre, considérant que l’on pouvait reconnaître dans les premières manifestations du volcan les prémices d’une éruption magmatique imminente justifiant pleinement une évacuation immédiate et massive. France Antilles titrait le jour de l’évacuation : « Nous courons à la catastrophe » et ajoutait : « On envisage une explosion équivalente à celle de plusieurs bombes atomiques… » De quoi effectivement interpeller les autorités (voir « Imbroglio scientifico-politique à la Soufrière », une analyse de Martine Barrère parue dans la Recherche de janvier 1977). Une querelle d’experts, comme c’est bien souvent le cas, tranchée avec raison par les pouvoirs publics dans le sens du principe de précaution, bien avant son invention.

    À l’appui des dires des uns et des autres, des relevés sismiques, des observations locales, des analyses chimiques de gaz, des analyses d’échantillons de retombées, des enregistrements. Pierre de touche de la polémique, la présence ou non de « verre frais » dans les cendres de l’éruption, marqueur d’un épisode magmatique extrêmement dangereux. Et là, on apprend, à l’audience d’un procès qui oppose Allègre à Tazieff en 1991, que « plusieurs témoins entendus ont affirmé que, dès le début septembre, Claude Allègre a su qu’il n’y avait pas de verre frais dans les prélèvements et que les éruptions constatées étaient de nature phréatique. Il aurait interdit aux témoins de le dire (témoignages de Rose-Marie Chevrier, François Le Guern et Danielle Dajlevic), parce que le maintien de l’état d’urgence était plus favorable à l’octroi de crédits pour l’université (témoignage Le Guern) ».

    Dans une interview au Figaro du 18 juillet 1990, Mme Chevrier ajoute : « Le 19 août, M. Allègre nous a dit que nous nous étions trompés, il n’y avait pas de verre frais, et il nous a interdit de le révéler. » Léon Steinmetz, en charge de la direction scientifique de l’équipe guadeloupéenne du 29 septembre au 2 décembre 1976, s’en est ouvert également quelques jours avant sa mort à l’un d’entre nous… Et ce n’est qu’à partir du 27 octobre que les premiers habitants sont très progressivement autorisés à rentrer chez eux. En 1981, un jeune chercheur de l’IPG, dont Claude Allègre est le directeur, s’insurge contre une falsification, la construction d’une courbe sur des points prétendus expérimentaux dont les ­chiffres ne pouvaient pas être obtenus avec le matériel de l’IPG. De même, en 1981, M. P. Le Fort, géologue de Nancy, proteste auprès de la revue Nature contre une courbe qu’il considère comme « fabriquée » par Claude Allègre.

    Certes, ces témoignages ne constituent pas des preuves irréfutables. Reste qu’il est pour le moins surprenant que le parcours scientifique de Claude Allègre soit régulièrement balisé par de telles affaires, très rares dans la communauté scientifique, dans lesquelles le domaine de l’erreur ou de la vérité scientifique côtoie de près celui, beaucoup plus glauque, de la manipulation. Avant de nommer Claude Allègre à de hautes fonctions liées à la science, on voudrait se persuader que le président de la République n’a aucune crainte de voir son poulain verser à nouveau dans de semblables dérives…

    *Geneviève Azam, (économiste, université Toulouse-II), Jean-Yves Barrère (économiste, fondateur du Cedetim), Denis Clerc (fondateur d’Alternatives économiques), Benjamin Dessus (économiste, président de Global Chance), Jean Labrousse (ancien directeur de la météo nationale), Gus Massiah (président du Crid), Michel Mousel (ancien délégué aux risques majeurs), Jacques Testart (biologiste)

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    Claude Allègre fait (encore) des siennes. Cette fois-ci, c'est sur le terrain judiciaire que ça se passe. Suite à la publication d'une tribune un brin frondeuse dans Politis, l'ancien ministre de l'éducation nationale, grand pourfendeur des causes anthropiques du réchauffement climatique, a déposé plainte pour diffamation. Environ les deux tiers du texte sont concernés. Par exemple, des passages comme celui-ci: «Lui sont reprochés non seulement ses jugements à l’emporte-pièce sur des sujets hors de sa compétence scientifique ou ses erreurs de diagnostic dans sa propre sphère de compétence, mais aussi le caractère excessif de ses propos.», ou encore celui-là: «Qu’importe alors qu’il nie le rôle des activités humaines dans le changement climatique ou l’intérêt de désamianter Jussieu: l’essentiel n’est pas d’avoir raison et d’agir en conséquence, mais de provoquer.»

    Hier, la juge d'instruction a vérirfié l'identité des auteurs de ladite tribune avant de les mettre collectivement en examen. "Il y aura un procès dans plusieurs mois, cela prend du temps ces choses-là", a déclaré Benjamin Dessus, l'un des auteurs dudit texte à Libération. "Ce qui nous donne du temps pour constituer notre dossier, fourbir nos arguments, préparerl es documents qui prouvent tout ce que l'on a écrit."

    En attendant ce procès qui promet d'être fameux, on peut signer une pétition pour soutenir Politis bien sûr, et les auteurs de ce texte, évidemment.

    Laure Noualhat, Six pieds sur Terre


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