• Dans leur ouvrage Happycratie, la sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas interrogent la place ambiguë qu’occupe le bonheur dans nos sociétés modernes.

    En réalité, c’est une version tout à fait réduite du bonheur qui est abordée dans cet ouvrage. Celle, élaborée au tournant du XXe siècle, par les tenants américains de la psychologie positive et postulant que, pour atteindre ce sacro-saint bonheur, les personnes devaient effectuer un travail sur elles-mêmes afin de mieux se connaître et de mieux se corriger.

    Car c’est bien de cela qu’il est question. L’enjeu est de travailler sans cesse à une amélioration, à une maximisation même, de notre potentiel, pour atteindre une forme de béatitude sereine. En devenant une injonction sociale, la quête du bonheur devient aussi une source d’angoisse, qu’il convient alors de combler. La poursuite du bonheur au carré en somme.

    Mais n’ayez crainte, vous n’êtes pas seuls : au-delà de cette joyeuse novlangue élaborée aux frontières du management et du développement personnel, vous pourrez trouver une foule de livres, formations et autres applications numériques vous permettant d’atteindre ce bonheur perpétuel.

    Les marchandises émotionnelles

    C’est d’ailleurs ce que les auteurs appellent les “marchandises émotionnelles”. Sortes de marchands du temple modernes, ayant colonisé peu à peu les esprits et les librairies, avec la promesse, toujours renouvelée, de nous rapprocher de nous-même.

    Tous ces articles participent ainsi au travail de persuasion collective, visant à nous convaincre que cette quête est la nôtre et que nous en priver serait nous condamner inéluctablement au malheur. 

    Mais c’est surtout une source de consommation virtuellement infinie, car personne n’est jamais suffisamment sain ni suffisamment heureux. C’est donc une quête de soi à soi qui, chaque jour, se trouve nourrie d’un nouveau mantra, d’une nouvelle méthode ou d’un nouvel objectif à atteindre pour se trouver véritablement esprit sain dans un sain corps.

    En témoignent les ventes phénoménales des livres dits de “développement personnel”, toujours dans les classements des livres les plus achetés. Mais cette “impossibilité psychologique du bonheur”, pour reprendre les mots de Proust, est nourrie par ceux-là même qui prétendent nous fournir les clefs du bien être. 

    Individualisme et consumérisme

    Il aura fallu à peine plus d’une décennie pour nous convaincre que la valeur cardinale de notre existence tenait dans un sentiment empreint d’individualisme et de consumérisme vorace. Sous couvert de nous aider à mieux vivre, ces théories nous maintiennent en réalité dans une forme de servitude câline, joyeuse et volontaire.

    Mais au-delà de ces logiques assez classiques de suggestion et de persuasion du consommateur, l’avènement du bonheur et de sa quête effrénée, a eu des incidences bien plus profondes dans notre manière d’être au monde.

    La recette du bonheur ne repose plus sur une tentative de changer le monde, amis sur une quête permanente de se changer soi-même : changer la manière dont on pense, dont on ressent, dont on se comporte au quotidien. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les mantras de ces gourous du développement personnel sont des formules magiques appliquées de soi à soi.

    Renoncer à changer le monde

    En intégrant le postulat que pour être heureux, il faut avant tout se changer soi-même, on accepte en réalité de renoncer à changer le monde. Si mon bonheur ne tient qu’à moi et moi seul, à quoi bon m’ancrer dans une logique de changement plus large, à quoi bon lutter contre les structures du capitalisme qui nous oppriment.

    C’est d’ailleurs l’une des thèses centrales de l’ouvrage d’Illouz et Cabanas. Les auteurs postulent clairement dans leur livre l’alliance objective de cette doctrine du bonheur et du néolibéralisme. En clair, plus les individus achèteront ces livres de développement personnel et moins ils se soucieront de combattre les injustices du monde. Ils expliquent ainsi que les personnes se sentant impuissantes face aux aléas de l’économie et se rassurent en se disant qu’ils peuvent retrouver prise sur leur vie, grâce aux outils fournis par l’industrie du bonheur.

    Outils, qui fournissent, selon les auteurs, un “sentiment d’espoir, de puissance et de consolation”. Un cocon de plénitude dans un monde mauvais, ou la dissolution de la lutte, dans la perspective du bonheur individuel.

    Arjuna Andrade, France Culture, 11/10/2018


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  • (Aaron Callaway is 24 and works four nights a week alongside robots in the retailer’s warehouse)

    f I’ve learned anything from doing this job, it’s that money can’t replace time. I work four nights a week in an Amazon warehouse near my home in Southend-on-Sea. It’s quite a cold place to work and, apart from two half-hour meal breaks, I’m on my feet for 10 and a half hours. I scan the items the trucks bring in from distributors and place them into the right cart for the robots to take to the correct place in the warehouse.

    I have to put away each item in 15 seconds or less, and get through 250 in an hour, or I’ll be given a warning by a manager. Stepping away from my station to, say, get a drink of water can have a big impact on my performance.

     

    During my half-hour breaks I rush downstairs to have something to eat. It’s stressful – and it definitely affects my health, standing up for hours on end. I worry I may pass out if I don’t rest during my meal breaks. I’ve lost a lot of weight since I started.

     

    I live with my parents, and pay them £50 a week for rent and food. I also spend £50 a week travelling to work. Apart from that, I don’t spend much on anything. That means two-thirds of the money I take home every month – about £1,000 – just sits in my bank account.

     

    It’s weird, but it’s like money’s become almost meaningless. Before I took this job, I used to spend money doing things with friends, but now I work such anti-social hours, it’s difficult to meet up. I feel like I’ve lost who I was.

     

    I end up spending most of my time off trying to sleep. The shifts I have to work never change, so I don’t like to reset my sleeping pattern when I’m not working.

     

    During the week I get so focused on work, it’s hard to switch off. I’ll lie in bed for hours, trying to drift off. Sometimes, I only get four hours’ sleep between shifts.

     

     

    My hobbies are painting Japanese gundam models and playing computer games online, so occasionally I’ll spend about £50 on a new model kit or a new video game. But I haven’t wanted, recently, to do those things. Plus, seeing all the different items people buy from Amazon actually puts me off buying stuff. After you’ve handled something 200 times, somehow you no longer want it. When Jamie Oliver brings a new bestseller out, I curse him.

     

    Because I’m asleep when my parents get home from work and vice versa, I don’t get to see them much during the week. I’ve never been a social butterfly but recently there have been moments when, suddenly, I need more interaction with other people. The only time I speak to a human being at work is when a manager comes to check my progress or when a problem solver comes to fix something. My main interaction is with the robots.

     

    I applied for the job through the jobcentre. I’ve thought about quitting, but I can’t leave of my own accord. If I did, I’d be sanctioned by the jobcentre and lose my entitlement for benefits and support for six months. I don’t have much choice but to carry on working there. Unless I can find a new job, I’m locked into place.

     

    As told to Donna Ferguson

    https://www.theguardian.com/money/2018/jan/20/amazon-worker-warehouse


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  • LONDRES (Reuters) - Deux cents personnes se sont rassemblées samedi à Trafalgar Square, dans le centre de Londres, pour "fêter" la mort de Margaret Thatcher, décédée lundi dernier à l'âge de 87 ans.

    Le maire de la capitale anglaise, Boris Johnson, craignait une participation plus importante à cette manifestation et d'importantes forces de l'ordre avaient été mobilisées pour prévenir tout incident.

    La politique sociale et économique ultralibérale de la "Dame de fer" est toujours vivement critiquée par une partie de la population britannique.

    "Cela fait trente ans que j'attendais ça ! C'est le plus beau jour de ma vie", déclarait dans la manifestation Simon Gardner, un photographe arborant un T-shirt avec l'inscription "Joie, joie, Thatcher est morte".

    "Elle était détestée par la moitié de la population", ajoute-t-il.

    Cette "fête" était préparée depuis plusieurs années par les militants de gauche mais l'affluence en ce jour froid et pluvieux n'a pas répondu à leurs attentes.

    Quelque 200 manifestants en liesse ont sablé le champagne en scandant "Maggie, Maggie, Maggie, morte, morte, morte !". Certains ont dansé au son de tambours, d'autres ont brandi un mannequin de l'ancien Premier ministre et des banderoles où on pouvait lire "Pourris en enfer, Thatcher".


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  • interview de Paul Jorion


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  • La crise et nous

    Ecouter notamment l'entretien, comme toujours passionnant et instructif, avec Bernard Stiegler.


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  • Le capitalisme triomphant commence à prendre peur...


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